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Vie de couple, comment la prolonger ?

Qu’est-ce qu’il nous faut pour savoir qu’on l’aime encore et pour longtemps à nous, les hommes ? De l’audace.

Et surtout, soyons-nous l’un à l’autre indulgent. Paul Verlaine

1. Rien n’est interdit
On croit que tant de choses sont indispensables à une vie de couple réussie.

Par religion, par conformisme, pour faire comme eux. Et puis par héritage. Pour nous aimer encore, on veut respecter ces règles. Mais il faut de l’audace pour vivre ensemble librement. Les normes ne fonctionnent pas. Ne fonctionnent plus. Changeons de rythme, inventons des sorties de route, des montages et des envols. 

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Le monde nous enferme. Chacun sa tâche, chacun son rythme bien établi et on se retrouve quand on a un moment de libre.

Je m’occupe des murs, des clous, des pneus et des steaks. Pour toi, la porcelaine, les lettres d’anniversaire aux amis, les câlins aux enfants. Tu donneras ton avis sur la maison, je te dirai quand on prendra des vacances.

L’audace de balancer ces normes et de vivre pour nous. Les normes de genre, la répartition des tâches, les curés, les maires et les plans de carrière, on croit encore que c’est bon, mais ça fait des lustres qu’on sait que ça nous fait pourrir.

A moi l’autorité, le contrôle, la responsabilité de nous nourrir, on sait où ça nous mène. Soyons souples, fluides, mobiles, légers, inventons notre monde et ses règles. Les nôtres.

2. Rester un enfant
Cherche en toi ce que tu ressentais au début. Quand tu étais assez audacieux pour trembler du haut en bas de toi à l’idée de votre prochaine rencontre. Quand tu avais peur, de cette belle peur, que génère l’amour quand il naît.

Rappelle-toi qu’elle était comme aujourd’hui et que tu l’as prise en pleine figure, qu’elle a grandit en toi et que tu as pensé que c’était merveilleux. Tu peux encore t’émerveiller, il faut rester un môme.

3. Tolère-la
Tu dis « la tolérance, c’est pas l’amour ». Tu dis « si je dois la tolérer, alors mieux vaut s’arrêter là ». On se trompe tant quand on croit nous tous que l’amour ne peut être qu’une argenterie étincelante ou une imposture.

L’amour, c’est avancer ensemble. Choisir forcément des sentiers voisins. Qui vont dans la même direction, mais qui ne sont pas le même.

Parce que tu ne la connaissais qu’à peine en l’accueillant et parce qu’elle change et toi aussi, dis-toi qu’en amour, le temps qui passe nous propose de nous accepter comme différents, de nous trouver des défauts et de vivre parfois sans exiger de l’autre qu’il les corrige. Quand on a fait le tour des mauvaises surprises que réservaient nos âmes torturés d’humains imparfaits, apprenons à l’aimer pour ces surprises et pas malgré elles.

4. Se débarrasser de l’écrin
Il est aussi beau que le premier jour cet amour. Plus beau. Enrichi. C’est un amour de grand luxe, une version vieillie en fût de chêne, millésimée. Il est là, on le sent et pourtant, on ne le voit pas toujours. Il est planqué dans un écrin de velours rigide, construit au long des années par les coutumes, par les autres, par les exigences, les règles, les lois qu’on a respecté parce qu’on les croyait bonnes.

En lui donnant de l’air, en ouvrant l’écrin et en le laissant s’ébattre, on peut se retrouver à deux. Epurés. Prêts à nous aimer encore comme quand le coeur me battait dans les tempes, ce soir d’avril, en te voyant t’approcher, me demandant comment t’embrasser en en faisant assez et sans en faire trop.

5. De toute mon âme
En cherchant les raison de l’aimer, les motifs de la relation, on sombre tous, sans arrêt dans l’erreur du rationnel. Il y a bien des raisons pour lesquelles on l’apprécie, celles-ci oui méritent d’être listées.

Mais les motifs de l’amour ne se listent pas. L’amour est. Il n’a pas de raison. Pas de fondement.

Est-ce que je sais pourquoi j’aime son sourire en coin, pourquoi je lui prends la main comme un adolescent en traversant cette route, pourquoi quand je suis triste il n’y a pas de meilleur endroit au monde où attendre la mort que dans son cou ?

Parce que ses peines m’affligent, parce que ses joies m’inspirent et parce que je ne voudrais être tenu à l’écart d’aucune de ses émotions fortes, je l’aime. Et ce ne peut pas être expliqué par le bon sens.

6. A la petite cuiller
Ca nous fait encore comme une petite éruption dans le ventre quand on la fait rire. En se moquant de ses petites chaussures bleues. Parce qu’elle nous touche quand elle se marre de nos défauts chroniques, ce mot qu’on n’arrive jamais à prononcer, notre incapacité à différencier le mauve du violet, la boîte de céréales vide.

En la regardant partir au travail en marchant, on se surprend à sourire seul sans raison.

Et tu tombes sur ce post-it qui te dit qu’il t’aime et qu’à ce soir.

Tu te souviens de la fois où elle avait caché une de ses culottes dans ton sac de foot et qu’elle est tombée entre tes chaussures dans le vestiaires. Ca avait fait rire tes potes et tu avais perdu tes moyens. De fierté et d’amour.

Quand elle te tient la main, tu es plus fort. On ne fait pas qu’un, non, non. On n’est pas fusionnés, on a plein de raisons de nous en vouloir et même, on n’est jamais d’accord. Mais on se sent plus forts ensemble. Ce petit coup de fesse qu’elle vous a mis l’autre jour en marchant vers la voiture, celui-là. Il était tout l’amour qu’il reste et il était immense.

Quand tu la regardes dormir, quand tu as un peu de temps et tu sens sa nuque et lui caresses les cheveux, elle ne se réveille pas. Elle soupire. Si tu te glisses contre elle, sous le drap, vous êtes de nouveaux ces jeunes amants d’alors. Elle prend ta main. Silence. Pause. Terminus, tout le monde descend. Ces deux-là s’aiment et prennent de nouveau le temps de vivre, sans réfléchir.

Elle t’amènera une tasse de thé un de ces jours. C’est pas arrangeant, tu avais quelque chose d’extrêmement important à faire, comme un courrier à lire ou un statut à mettre à jour. Il allait marquer un but, il y a coup franc. Elle t’empêche de bien voir. Et elle t’embrasse, s’abandonne un instant. Envoie dans ses lèvres la tendresse, cette substance magique que tu avais un moment oublié. Pour t’y être accoutumé. Comme ce qui est beau mais régulier perd de la valeur dans nos esprits tordus.

7. Sortir
Quand on était surchargés, quand on vivait à distance, quand on avait la famille, les amis, le travail, le sport, la musique, le cinéma, les ex, on ne renonçait jamais à une sortie avec elle. Quand on a eu cette mission périlleuse au travail, quand il restait une semaine pour rendre ce mémoire, quand il y avait ce voyage à préparer, on a toujours pris un moment pour partager nos vies devant un bon repas, une bonne bière ou en dansant un bout de nuit.

Elle nous aime aussi passionnément qu’on l’aime. Aucune mission, aucun chef, aucune obligation ne nous empêche de faire deux sorties par semaine. Pas si on le veut.

8. Ouvrir la bouche
Lui dire qu’on l’aime, c’est pas une phrase. C’est pas un mot. C’est une chimie. Un mélange heureux, une précipitation. On reçoit je t’aime et on est apaisé. Parce que ça nous dit où on est, où on va, qui on est.

On croit qu’elle le sait. On croit qu’elle a compris. On croit même que faute d’avoir annoncé que cet amour était terminé, elle doit comprendre qu’il est encore en vigueur. L’amour n’est pas une loi, c’est une vague. Il faut envoyer un peu de vent, pour qu’elle existe. Dans les draps, en la quittant le matin, dans sa nuque dans un moment chaud, ces mots sont un sucre rapide, une dose d’endorphine, une mine à fragmentation.

9. Gestes
Chaque jour on l’aime en vivant.

Chaque fois qu’on coupe ce fruit pour le petit-déjeuner parce que c’est son favori, chaque fois qu’on danse en s’en foutant, chaque fois qu’on la rejoint dans la douche, c’est pas l’heure, je me suis déjà douché, il n’y a pas assez de place, j’ai froid parce que tu prends toute l’eau, comme d’habitude. Chaque fois qu’on prend la voiture et qu’on se regarde en souriant après l’effort du chargement de la famille. Chaque fois qu’on se prend la main. On se dit qu’on s’aime. On se dit tout ce qu’on ressent pour l’autre. Qu’on sait depuis longtemps. Et qu’on voudrait se dire sans plus jamais s’arrêter.

9 réflexions sur “ Vie de couple, comment la prolonger ? ”

  1. Magnifique. Vraiment touchée par votre sincérité. Je m’en vais lire la suite du blog, parce que, féministe, je crois profondément à une lutte avec les hommes pour l’égalité de genre. Merci!

  2. comme c’est beau…..
    juste, simple,
    l’amour c’est un cadeau de la vie,je ne parle pas de la passion,
    mais de l’amour, celui qui arrive parfois doucement, sans faire de bruit,
    celui qui donne envie de chanter à tue tête
    de gravir des montagnes
    qui donne du courage et de l’envie!!
    celui qui est comme la confiture sur le bout de pain,
    le sucre dans le café,
    celui qui en fait …..change tout…..
    qui donne ce petit gout sucré
    ce petit gout salé
    ce petit gout de « encore!!! »

    1. dont on ne perd pas l’envie
      des tartines qui plaisent
      au-delà de l’habitude.
      l’importance de la confiture
      et du sucre
      et de l’encore
      sauvée des obligations
      et des rancunes.
      Il y a dans le vieillissement
      de l’amour
      toute l’humanité
      d’une âme qui veut vivre
      heureuse et libre.

  3. Merci beaucoup pour ce plaidoyer sur l’amour. Je partage le fond de vos pensées, à une exception près. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec votre premier point. Il faut de l’audace en amour, vous avez raison. Mais vous parlez de loi, de règles, de religion… qui seraient des interdits contraignants. Je n’ai pas cette expérience ni ce regard. Il y a des interdits constructeurs qui ouvrent des chemins d’avenir. La religion n’est pas une liste d’interdits. Étymologiquement, elle vient de « religare » et signifie « relier » c’est-à-dire qu’elle a pour but de relier les gens entre eux. Et c’est l’expérience que je fais au sein de la religion catholique. La religion catholique est une invitation à un regard d’espérance sur le monde, sur les autres et sur soi. Elle est une invitation à accueillir l’autre tel qu’il est, à lui révéler sa richesse, et à se laisser transformer par lui. Elle est une invitation à la liberté, à la joie, à la paix et à l’amour. Voici ce que l’on apprend dans les églises, encore plus depuis Vatican II (1962), et qui a toujours été le message évangélique depuis la naissance du Christ et avant encore. Certes, à travers l’Histoire, des hommes ont instrumentalisé la religion à des fins personnelles. Quel que soit le système de pensée d’ailleurs, il y a des dérives et des gens mal-intentionnés. La religion, elle, n’a jamais changé de discours. Ce sont des gens malveillants ou mal informés qui lui donnent une image qu’elle n’est pas. Si le cœur vous en dit, n’hésitez pas à entrer dans une église, à frapper à la porte d’un presbytère, à assister à un office dominical. Vous y trouverez un vent d’espérance qui vous apportera de la joie. Pas un plaisir fugace mais une joie profonde. Bien cordialement.

  4. Salut,
    AIMER dans ce monde en changement ou l’homme seul/simple n’arrive pas toujours à ramener les finances simplement seul… ou la femme a envie/besoin de travailler… ou l’exemple de l’ancienne génération n’a pas connu ça et où les conseils sont parfois décalés… réussir à se retrouver à 2, avec l’école des enfants, la crèche et /ou la maman de jour, la gymnastique x3 personnes, le foot x1, la logopédie, l’espagnol.. des horaires irréguliers et j’en passe …c’est un travail de titan pour trouver un moment coquin ou les deux sommes encore en formes… on m’a dit que c’étaient de courte durée… mais le temps passe et parfois les pauses sont trop courtes. Mais merci à ceux qui y pourvois pour qu’un père et une mère redeviennent des amants… pour que l’amour subsiste!

  5. Fabuleux.
    Le veilleur de nuit que je suis passe ses heures à sonder internet. J’ai donc eu mon lot de contenu au mieux inintéressant, au pire décourageant de tristesse. Et je tombe parfois sur des perles comme votre blog (et à fortiori ce billet) qui me scotchent tant ils me touchent, me parlent, tant j’ai l’impression de découvrir le monde, les gens et ce qu’ils ont de beau. Je suis célibataire et à ce jour n’ai pas connu de relation qui feraient parler mon coeur de telle manière. Mais d’avoir imaginé ces moments et de les voir décrits avec autant de beauté ne fait que me donner plus encore l’envie de vivre. Alors merci, mille fois merci, et bonne continuation.

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