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Fille ou garçon ? Pourquoi il faut renoncer à connaître le sexe

La construction de l’identité des garçons et des filles est un long parcours chargé de notre culture: la culture patriarcale. Fille ou garçon, il vaut mieux l’ignorer.

Cet héritage culturel donne aux bébés nés avec un pénis des avantages fantastiques dans leur vie familiale, personnelle, professionnelle et relationnelle et crée des plaies profondes dans leurs affects.

Et aux bébés nés sans pénis un avenir de subordonnée, de déconsidérée, de vient-ensuite fragile et passionnée par la futilité.

Les garçons, s’ils naissent dans le camp des dominants devront lutter en grandissant pour sortir de la boîte dans laquelle ils seront rangés. Pour vivre une vie saine, ils devront se débrouiller pour s’affranchir des règles de base de leur condition : les garçons, ça ne pleure pas, c’est fort, ça drague, ça baise, ça rapporte, ça n’échoue jamais, ça s’oriente naturellement, ça ne demande pas d’aide et ça se met en colère pour cacher la peur.

Les filles apprendront à ne pas se battre, à supporter et à se tenir les coudes. Mais pas à en jouer, non. Surtout pas. En grandissant, pour faire quelque chose de leur potentiel il leur faudra détruire cette norme, lutter à mort pour exister et réclamer le droit à l’égalité.

Alors, fille ou garçon ?

Les parents qui, à raison, font le choix d’une éducation réfléchie et aussi peu genrée que possible affrontent des difficultés hallucinantes.

La société qui les entoure est si discriminante, qualifiant les êtres en fonction de leur sexe, que leur cause est perdue d’avance.

Donc, renoncer à connaître le sexe de son enfant, durant la grossesse, c’est éviter de charger la barque, attendre un peu, offrir un délai. Permettre au bébé d’être au moins une fois à égalité avec les autres.

En disant non à l’obstétricien-ne qui nous demande si on veut connaître le sexe du foetus – fille ou garçon ? – on lui permet de ne pas entendre parler in utero...

de qualités athlétiques pré-partum (ça se voit bien que c’est une garçon, il est tellement vigoureux dans le ventre là…),

de préférences sportives (il donne des coups de pieds quand son père regarde le foot à la télé),

de futures vertus (c’est bien que ce soit une fille, ça fera du bien un peu de douceur dans la famille),

de soumission sexuelle (une fille, ah ça, ça va faire des cheveux gris au papa à l’adolescence, voyez-vous..),

d’identité caricaturale (couleur de la chambre, jouets genrés, parcours professionnel espéré, etc.)

Et de tous ces jalons qui marqueront le chemin de vie du bébé à naître, en fonction de son entrejambe.

Quelle que soit la bonne volonté des futurs parents, la multiplication des assertions sexistes influenceront leur fabrication de la relation avec l’enfant.

Apprendre le genre de son enfant à sa naissance lui permet de venir au monde libre. Mais la tâche qui attend les parents qui veulent permettre à leur enfant de conserver cette liberté en grandissant est énorme.

Leur permettre d’exprimer leur potentiel sans les enchaîner avec l’héritage culturel sexiste est une gageure. Ceux qui s’y collent sont des héros.

Crédit photo : Flickr/Andrew Mason

Fille ou garçon, pourquoi il faut renoncer à connaître le sexe du bébé

 

Ma chère fille, je te souhaite de belles aventures sexuelles

Ferret Steinmetz en a assez d’entendre dire qu’il devrait abattre les hommes qui s’intéressent à sa fille

Il y a cette habitude de considérer que les pères mènent la vie dure aux amoureux de leur fille. Que la vie des soupirants d’une jeune fille est entre les mains de leur paternel. 

Ces idées confirment les points essentiels suivants : les hommes sont des êtres agressifs qui règnent grâce à la menace, le sexe est affreux quand il est pratiqué par d’autres (spécialement mes parents, mes frères et soeurs et – Ô mon dieu ! – mes enfants) et les jeunes filles sont des poupées en plastique dont le papa contrôle le destin.

Le sexe c’est bien. C’est amusant ! Et parce que j’aime ma fille, je veux qu’elle vive au moins les mêmes délices que moi. Ou davantage.

Je ne veux pas connaître les détails parce que.. voyons.. parce que je ne veux pas plus de ses images qu’elle ne veut des miennes. Mais, aveuglément ma fille, sors et amuse-toi !

Le sexe, ce n’est pas quelque chose que les hommes te prennent ; c’est quelque chose que tu donnes. Ca ne te rabaisse pas de donner du plaisir à quelqu’un. Ca ne te dégrade pas d’en éprouver toi-même. Si quelqu’un pense autrement, c’est certainement un homme qui a une assez vilaine idée des femmes.

Bien sûr, tous ces garçons, ces filles te briseront peut-être le coeur. Ca brisera le mien. Je t’ai soutenue, solidement, après que ton amoureux t’a trompée. Et ça m’a brisé en deux.

Mais sais-tu ce qui me briserais encore davantage ? De te voir dans une cage de verre, ne ressentant qu’un vide froid au bout des doigts, pendant que Cher Vieux Père s’assure que tu ne découvres rien jusqu’à ce qu’il ait décidé ce que tu devrais aimer.

Tu n’es pas moi. Tu n’es pas une extension de ma volonté. Et tu dois donc faire tes propres erreurs, apprendre à te relever. Je t’aiderai. Mais je pense qu’il y a de l’intérêt à se perdre. Je pense qu’il y a une force qui vient de la recherche de son propre chemin dans l’obscurité.

A savoir où sont les pansements et à soigner tes propres blessures. Je t’aiderai. Je t’écouterai et serai ton conseiller quand je le pourrai. La personne que tu viens voir quand tout semble perdu.

Mais je pense qu’il y a de l’intérêt à se perdre. Je pense qu’il y a une force qui vient de la recherche de son propre chemin dans l’obscurité.

Tu es un individu et certaines des choses que tu aimeras me sembleront malsaines, laides ou déplaisantes. C’est à ce point que le monde est grand et magique. Imagine-toi si tout le monde aimait la même chose : on lutterait tous pour l’attention des dix mêmes personnes.

C’est un miracle de voir à quel point une personne rejetée par quelqu’un peut devenir le trésor adoré de quelqu’un d’autre. Et je serais un triste, triste petit homme si je te manipulais pour que tu deviennes mon petit clone.

Aime la musique que je déteste, regarde les films que je hais, deviens une forte femme qui connait ses objectifs et sait quoi faire pour les atteindre.

Tu vas être secouée par la vie. Mais je ne te dirai pas que le sexe c’est mal, ou que c’est mal d’en avoir envie, ou que d’autres gens sont mauvais d’en vouloir de toi si tu as envie de leur en donner.

Je refuse de perpétuer, même si ça m’empêche de faire des plaisanteries salaces qui font rire mes amis, l’idée que les personnes par lesquelles ma fille est attirée sont mes ennemis.

Je ne suis pas le garde qui t’enferme dans la tour.

Idéalement, je suis l’espace sûr de ma fille, un jardin dans lequel elle peut revenir quand le monde a été un peu trop cruel, un lieu où elle peut récupérer et penser aux erreurs passées en sachant qu’ici, il y a quelqu’un qui l’aime de tout son coeur et qui l’embrassera jusqu’à ce que sèchent ses larmes.

C’est ce que je veux pour toi, mon Amour. Une vie forte remplie de grandes erreurs et d’immenses triomphes.

Maintenant, sors d’ici et trouve ce que tu aimes !

ApprehensiveDad

Publié en premier sur : Theferret.com avec le titre « Dear daughter, I hope you have some fucking awesome sex ».

Repris sur : The Good Men Project

Traduit par : L’homme simple

Ferrett Steinmetz – @ferretthimself sur Twitter – écrit des romans de science fiction et des articles sur son blog.  Il vit à Cleveland. Il a publié plusieurs articles sur le blog goodmenproject.com auquel contribue également l’animateur de L’homme simple.

Photo—Stewart Black/Flickr

 

Comment ne pas tuer ses enfants en cas de divorce

La question de la masculinité en crise et le phénomène criminel des pères annihilateurs de famille. Comment divorcer sans perdre le contrôle ?

Note de publication : Cet article a été publié sur le site d’informations Rue89 / Le Nouvel Observateur, le 26 août 2013. Clic ici pour le consulter et participer au débat.

Le Guardian rapporte une étude de l’université de Birmingham, la première sur ce phénomène en expansion. Le professeur David Wilson et son équipe de criminologues ont étudié les dossiers de 59 hommes qui ont assassiné leurs enfants – et parfois leur épouse – entre 1980 et 2012, en Grande-Bretagne.

Ils ont cherché des points communs, des moyennes, qui permettent de comprendre ce qui a poussé ces criminels à commettre le geste final. A faire disparaître leur famille.

Masculinité en crise

Cette étude jette un regard intéressant sur un phénomène criminel qui n’avait pas été analysé jusqu’à aujourd’hui. Elle met en exergue la question de la masculinité en crise. 

Dans tous les cas analysés, la masculinité et la perception de pouvoir sont liées aux mobiles. Le rôle familial du père est central à l’idée que les meurtriers avaient de la masculinité. Par le meurtre de leurs enfants, ils accomplissent leur dernier acte d’homme puissant. (Source : Howard Journal of Criminal Justice  14 août 2013)

Crédit image : thepcinquirerer.com
Crédit image : thepcinquirerer.com

La masculinité en crise est l’idée que les hommes ne se sont pas adaptés aux changements de société. Que leur identité de mâle n’a pas été révisée. En d’autres termes : les femmes, le couple, la famille, le monde ont changé. Et l’homme est resté le mâle alpha qu’il se croit contraint d’être.

Sans en déduire que les hommes qui ont commis ces atrocités peuvent être excusés par cette tendance, on peut suggérer que la révision de la position dominante de l’homme dans la famille est souhaitable. C’est tout le mal qu’on se souhaite !

Les dimanches du mois d’août

Selon l’université de Birmingham, les criminels qui ont abattu, égorgé, gazé ou noyé leurs enfants et leurs épouses, durant ces trente dernières années :

  1. avaient 38 ans en moyenne
  2. avaient un emploi
  3. n’avaient aucun antécédent judiciaire
  4. sont passés à l’acte surtout durant des dimanches du mois d’août !

L’équipe de criminologues qui a étudié tous ces cas pour en révéler les traits communs a déterminé que le terme de « masculinité en crise » pouvait être utiliser pour la plupart des auteurs des infanticides. Le Professeur qui a dirigé l’équipe d’étude a déclaré que certains hommes sont incapables de s’adapter à la notion de famille qui est en développement, alors que les femmes y jouent un rôle plus dynamique que par le passé.

Dans 66% des cas, le mobile qui a poussé un homme a assassiner sa famille est la rupture familiale, souvent liée aux problèmes d’accès aux enfants. Et les quatre profils-types de ces criminels révèlent une crise liée à la perte de pouvoir du père, à la vision de l’homme-pourvoyeur idéal qu’ils perdent lors d’une rupture.

Crédit image : grilsjustwannahaveguns.com
Crédit image : grilsjustwannahaveguns.com

Cette étude rejoint de nombreux propos sur le même thème. La question du contrôle que l’homme veut conserver est au coeur de cette question masculine. Demeurer le patron lorsque l’unité familiale part à vau l’eau est impossible. Nombre d’hommes ne supportent pas cet affront.

Ce n’est pas une excuse

Le blog féministe Glosswitch rappelle que cette masculinité en crise n’est qu’une partie de l’explication. Que ce ne saurait être une excuse et que derrière cette crise des hommes, il y a les mutations des femmes, le rôle ingrat qu’elles continuent de supporter dans la famille traditionnelle, malgré des décennies de lutte.

Réviser le rôle de l’homme

Donner aux hommes les outils pour entrer en mutation et comprendre les nouveaux enjeux, se débarrasser de l’héritage patriarcal. C’est le propos de nombre d’institutions qui essaient aujourd’hui, grâce à l’assistance émotionnelle et aux campagnes de sensibilisation, de s’adresser directement à eux.