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Pénurie d’affection entre hommes

Comment les hommes en sont arrivés à considérer l’affection comme un acte sexuel et non plus social. Et pourquoi c’est un drame.

 

Un jour, alors que je marchais vers la gare Union Station de New Haven, un vieil homme à la peau noire et aux cheveux gris m’a arrêté sur le trottoir et m’a demandé si j’avais du feu. Techniquement, j’avais arrêté de fumer en entrant à l’Université. Mais cette mauvaise habitude revenait à la fin de chaque semestre, à cause du stress. J’ai sorti mon briquet en ressentant un peu de culpabilité et j’ai essayé d’allumer sa cigarette.

Il y avait trop de vent et cela éteignait la flamme à chaque essai, je m’impatientais et j’ai finalement saisi sa main, douce et un peu flétrie et l’ai entourée avec les miennes. La cigarette s’est allumée facilement. Il a pris une grande bouffée. Il m’a ensuite regardé en hochant la tête et m’a souris. Il m’a dit: merci, fils.

Le temps d’entrer dans le train, je sanglotais.

D’abord, je n’ai pas compris la raison de ces larmes. J’ai pensé que c’était parce que j’allais devoir écrire trois essais de trente pages dans les dix jours à venir. Ou à cause de l’effroi secret que j’éprouvais à chaque début de week-end, à l’idée de revoir en arrivant à New York mon ex-re-ex-re-ex copine avec qui je menais une relation moisie, dans laquelle je passais mon temps à esquiver les confrontations. Peut-être que c’était le temps pourri du Connecticut, cette version moderne du purgatoire de Dante, qui m’atteignait finalement. Peut-être que j’étais triste parce que j’étais un pauvre étudiant de Chicago qui se sentait parfois seul en Nouvelle-Angleterre.

Et peut-être que j’étais simplement vulnérable ce jour-là. Quelle que soit la raison finalement, les larmes coulait sur mon visage dans la gare, sur l’escalier roulant et même dans le train. Je m’appliquai à regarder par la fenêtre pour éviter le regard aiguisé des autres pendulaires.

Le vrai problème qui me valait cette émotion, c’était le fait que je n’avais jamais reçu l’affection masculine que je souhaitais quand j’étais enfant.

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C’est un bon gars, mon père. Mais il est de la vieille école. Il ne s’émeut pas facilement. Et s’il s’émeut, il le tait. Il a appris à me respecter en tant qu’homme, mais nous n’avons jamais été vraiment proches. Quand on passe du temps ensemble à Chicago par exemple, je suis toujours celui qui initie ces moments. Comme on est différents, politiquement et professionnellement, nous avons passé une bonne partie de nos vies à batailler pour se comprendre. Lorsque j’étais enfant, nous n’avons jamais joué dans le jardin ensemble. Comme j’étais un zonard, je voyais mes parents au maximum quatre heures par jour, la plupart d’entre elles étant passées dans la cuisine et devant la TV.

Pour être honnête, je ne me rappelle pas que mon père m’ait jamais serré dans ses bras quand j’étais petit garçon. Je ne me souviens pas non plus de lui étant fier de moi plus tard (à l’exception du jour où j’ai reçu mon bac, auquel il attachait vraiment beaucoup d’importance).

Même quand j’ai défendu ma thèse il y a six ans près de South Bend, je me souviens de n’avoir pas été surpris qu’il ne vienne pas. Maintenant, ne voyez pas dans cette description un réquisitoire, parce que mon père est bon, travailleur et dévoué (et Dieu sait qu’ai été un petit connard turbulent, querelleur et exaspérant). Il a été un père de la seule manière qu’il savait l’être et a lentement évolué depuis son second mariage and l’arrivée de son troisième fils (avec qui je crois qu’il a une relation plus active et affectueuse qu’avec mon frère et moi).

Ca ne fait pas longtemps que j’ai compris qu’il était fier de moi, de l’homme que je suis devenu. Je crois que c’est lié à mon acharnement à réussir professionnellement, à mon doctorat et à mon mariage avec la femme de ma vie. Peut-être d’ailleurs que ce respect récent n’a rien à voir avec la moindre de ces raisons. En mûrissant et en devenant à l’aise avec moi-même, j’ai appris à dépasser les non-dits qui existaient entre lui et moi.

Mais je parle aujourd’hui de la pénurie d’affection dans ma relation avec lui parce que je pense que cela explique partiellement pourquoi l’approbation des mâles a toujours été si importante pour moi en grandissant, pourquoi je suis toujours touché par l’affection masculine et pourquoi je recherche toujours le respect des hommes plus âgés que moi.

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Une conséquence pernicieuse du fait de vivre dans un pays ou la lutte contre l’homophobie et contre le patriarcat est encore  nécessaire, ce n’est pas seulement la rigidité des rôles attribués aux humains à cause de leur genres, mais aussi l’interdiction qui est faites aux hommes d’exprimer de l’amour, de la gratitude et de l’affection les uns aux autres (et souvent, à leurs propres fils).

A cause de cela, beaucoup de garçons grandissent en considérant l’affection comme hautement non-masculin parce que leurs pères ne leur ont jamais montré que l’affection et l’amour inconditionnel faisaient partie de leur propre masculinité.

C’est tragique, nous punissons encore les garçons parce qu’ils expriment de l’amour et de l’affection les uns aux autres (exception faite des instants qui suivent un succès sportif) en agitant des tabous sociaux et sexuels. Les garçons grandissent en voyant l’affection comme un comportement sexuel et non pas comme un comportement social. Pour beaucoup de jeunes hommes hétérosexuels, l’affection devient genrée. Ce sont les gestes des petites amies, des mères et des amies femmes.

Les femmes sont victimes de ce système de différentes manières (slut-shaming, inégalité salariale, relégation domestique, objectification sexuelle, domination, etc.). Mais une des principales tragédies qui touche les hommes c’est la pauvreté de leurs échanges affectifs entre eux.

Il y a un grand cri en nous. Celui que nous faisions pour réclamer l’attention et l’approbation de nos pères, leur amour. Un cri qui s’évanouit seulement (s’il s’évanouit vraiment) lorsqu’on développe plus tard des amitiés profondément affectueuses et inconditionnelles. Il faut une vie d’auto-compréhension pour supporter ce manque, ce vide. Ce n’est pas de notre faute, mais si on dénie son existence ou si on prétend qu’on a surpassé ce traumatisme de l’enfance, on devient facilement victime de notre pathologie, on entre dans la spirale du déni, de l’impossibilité d’aimer vraiment et de l’apitoiement.

Les hommes ne guérissent que s’ils sont entourés par d’autres humains qui sont des machines à délivrer de l’amour profond et inconditionnel. Des gens doués de compassion, affectueux, qui pardonnent et expriment leurs émotions. Pour moi, la plus récente source d’affection, de gentillesse et d’amour, c’est ma femme que j’aime plus tous les gens qu’il m’a été donné de rencontrer.

A l’école, c’était mes professeurs de religion et d’anglais. Au lycée, mon frère et mes amis. Un jour, ce sera peut-être ma propre paternité, qui me donnera un nouvel espace émotionnel pour ramasser les petits morceaux de moi et exprimer mon dévouement, mon amour explicite et mon affection continue pour mon enfant. Même s’il n’existe pas encore, même s’il n’a pas été même conçu, mon amour pour lui est déjà énorme, plus grand que moi.

Pour que les hommes s'embrassent

Auteur: Jackson Bliss est l’auteur de Blank Insects, The Ninjas of My Greater Self, Dream Pop Origami et Atlas of Tiny Desires. Il publie dans de nombreux magazines et sites web anglo-saxons dont le Goodmenproject où cet article a été publié pour la première fois. Visitez le site et le compte Twitter de Jackson Bliss. Merci à toi camarade de m’avoir permis de traduire et d’adapter ce très beau texte ! 

Image : SPJWebster

Les femmes aiment les hommes nouveaux

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Coral Herrera Gomez déclare son amour pour les hommes « révisés »

Article original paru en espagnol le 5 septembre 2013 sur le Blog du journal El Pais. Traduction et adaptation par L’Homme Simple

J’aime les hommes nouveaux. Ils me fascinent. Je connais leur existence depuis l’élaboration de ma thèse de doctorat. Je les ai découvert sur les blogs et les suis aujourd’hui comme une fan amoureuse.




Cette nouvelle passion est peut-être une extension de mon complexe d’Oedipe. Parce que mon père était déjà un nouvel homme. Ma mère travaillait à la fabrique et mon père, écrivain, s’occupait de ma soeur et moi quand nous étions enfants. Il cuisinait, lavait la vaisselle, changeait les couches et baignait ses enfants. C’est lui qui allait faire les courses et qui faisait les lessives.

Il a aimé élever ses filles et nous a éduquées pour que nous soyons des femmes indépendantes et travailleuses.

Mon amour est immense pour ce père si beau, si féministe. Les autres pères me paraissaient très patriarcaux, comparés au mien. A cause de ce complexe d’Oedipe je pense, mon premier compagnon était un homme nouveau également.

Ils ne croient pas que je leur appartiens

En apprenant à le connaître, j’en suis devenue éperdument amoureuse. Mon homme est de ceux qui n’ont pas de problèmes avec leur masculinité. Il n’a donc pas besoin de démontrer sans cesse le macho qu’il est.

Pour moi, c’est un luxe de partager la vie de ce type d’homme parce qu’on peut avoir des conversations profondes. Parce qu’ils n’ont pas de complexe d’infériorité qui les poussent à me diminuer pour ne pas leur faire d’ombre. Ils ne croient pas que je leur appartiens. Ils ne sont pas à la fois jaloux avec moi et séducteurs avec d’autres. Ils ne me mentent pas sans besoin. Ils ne dépendent pas de moi parce qu’ils sont avec moi.

Et ils sont avec moi jusqu’à ce qu’ils ne le soient plus. C’est-à-dire qu’ils ne se sentent pas condamnés à être avec moi : ils sont libres de rester à mes côtés.

Les nouveaux hommes ont beaucoup d’autres avantages. Parce qu’ils sont autonomes, ils travaillent leurs émotions, ils communiquent mieux. A la maison, ils ne considèrent pas qu’ils « aident ». Non, ils assument simplement leur responsabilité totale pour les tâches domestiques et profitent complètement de leur paternité.

Ils sont plus attirants parce qu’ils ne souffrent pas autant que les hommes traditionnels. Ils sont plus créatifs et vivent leur masculinité avec davantage de liberté et de joie. Je suppose que c’est parce qu’ils ne se sentent pas pressés d’exposer leur virilité, comme le sont les hommes patriarcaux.

Les hommes nouveaux existent, je les ai rencontrés

Je recommande souvent à mes amies et amis qu’ils cherchent des hommes nouveaux et qu’ils s’éloignent des mâles alphas et des romantico-tourmentés. Mais mes amis croient que ces hommes nouveaux sont mythiques ou qu’ils sont si peu nombreux qu’ils n’existent même pas. Le jour où on m’a appelé pour participer au Congrès sur les Masculinités de Barcelone, l’an dernier, je me suis sentie chanceuse. J’allais en connaître quelques uns en personne ! J’ai appelé mes amis célibataires pour leur dire que j’allais rencontrer des centaines d’hommes nouveaux. Ils ne m’ont pas crue. Ils ont pensé que j’allais à un congrès Queer. J’étais donc seule au paradis.

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Je suis sortie de cette bulle barcelonaise d’hommes et femmes égalitaires en pensant que d’autres manières d’être sont possibles. D’autres façons de se comporter et d’entrer en relation. J’ai découvert l’immense travail que font ces militants pour démonter la virilité patriarcale, pour transformer et améliorer leurs relations avec leurs compagnes ou compagnons. Pour revendiquer leur droit à profiter de la paternité, pour lutter pour le droit des femmes et des enfants. Le droit à une nouvelle éducation pour les garçons et les filles, débarrassée des stéréotypes et de la création de l’inégalité dès l’enfance.

Ils sont encore peu nombreux. Ils travaillent isolés, sans l’appui des autres groupes féministes. Mais ils ouvrent une voie.

 

Libérer les femmes en travaillant avec les hommes

Je suis convaincue, depuis que j’ai vécu cette rencontrer académico-festive avec les hommes égalitaires qu’on ne peut pas pas libérer les femmes sans travailler avec les hommes. Que nous devons le faire ensemble, pour en finir avec l’éternelle bataille des genres qui divise l’humanité en deux groupes.

Quand on s’est séparés, on parlait de ce voeu et d’autres utopies romantiques. Beaucoup m’ont parlé de leur désir de tomber amoureux de femmes comme eux : dépatriarcalisées. « Je sais qu’il y a beaucoup de femmes nouvelles, de celles qui ne se frustrent pas parce que nous ne sommes pas le Prince Charmant, qui ne s’enfuient pas si nous pleurons, qui nous aiment comme nous sommes, qui ne nous voient pas comme des ennemis, qui savent profiter de la vie et de l’amour. Portons un toast pour souhaiter qu’elles se multiplient, à l’amour égalitaire ! ».

Nous avons trinqué à cette espérance. Je riais en pensant aux utopies qui se créent dans les congrès : le matin, on déconstruit un mythe, le soir on en crée un autre.

Parfois je pense que nous sommes sur le bon chemin pour nous dépatriarcaliser tous ensemble, pour transformer les modèles sur lesquels nous construisons notre identité et nos relations. D’autres jours, je pense que nous allons demeurer dans ce schéma injuste pendant des siècles. Que nous échouerons encore pendant des siècles à nous libérer des oppressions et à réinventer les structures affectives, sexuelles et émotionnelles sur lesquelles nous construisons nos relations.

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Même s’il reste du travail, je crois qu’il faut parler de cette utopie romantique égalitaire parce qu’elle suppose une revendication joyeuse de la diversité. Et parce qu’elle suppose également le droit universel à nous aimer comme cela nous plaît.

Qu’en pensez-vous ? Les femmes sont-elles prêtes à renoncer au traitement de Reines puissantes et les hommes à celui de Rois absolus dans les relations amoureuses ? Cette utopie vaut-elle la peine d’être évoquée quand les racines du patriarcat conditionnent encore si fortement toutes nos vies ?

 

_FAF7376Coral Herrera Gomez est écrivain et blogueuse espagnole, titulaire d’un doctorat en lettres et communication audio-visuelle, spécialiste de la théorie du genre. Son blog :  El rincón de Haika.

 

 

 

 

Crédit photos : Bex Finch/Flickr

5 étapes pour maîtriser sa colère comme un homme

Apprendre une méthode pour maitriser ces excès de colère qui pourrissent la vie des hommes.

Je suis heureux. J’aime ma vie, ma femme et mes enfants. Je crois que les choix que j’ai fait son les bons. La qualité de ma vie est proche de mes rêves raisonnables (très loin bien sûr de ce rêve là, vous savez… bref !).

Alors pourquoi est-ce que je ressens régulièrement cette colère qui me tue et qui désespère mes proches ? Qui met en danger ma relation de couple pour des futilités.

La colère est utile

Ces jours-là – c’est difficile à expliquer – je rentre à la maison après une journée de travail, une activité individuelle ou une réunion de famille. Et c’est comme si j’étais soudain cerné, enfermé dans un endroit hostile. Tout ici m’agace. Nettoyer, cuisiner, payer les factures, les cris de tout le monde. Et tous ces petits conflits avec elle. Qui durent depuis des années, sans avoir jamais été enterrés. Ni oubliés.

J’ai appris, dans les groupes de parole pour hommes que notre colère est une émotion humaine de base, saine et utile. Comme la tristesse, le bonheur ou la peur. On peut la comprendre et même la dominer. En suivant quelques étapes.

Note : je vis plus en paix avec mes émotions maintenant. Mais il y a encore du travail. Il m’arrive encore de craquer complètement, après une querelle pourtant futile et sans fondement. Et de penser que tout est fini, que je vais perdre ma femme et mes enfants (et mon écran LCD 27 pouces).

1. Sentir la colère monter en nous

Ca peut paraître idiot. Mais il m’arrive souvent que quelqu’un me dise « tu as l’air en colère » ou « est-ce que ça va, tu n’as pas l’air bien ? » en me regardant, parfois avec un peu de peur dans les yeux. Ma réponse est souvent « oui ». Et je crois vraiment que je vais bien. Et je réalise ensuite que non, je ne vais pas bien. Quelque chose ne va pas et je ne sais pas quoi.

Nous, les hommes, avons du mal à nommer nos émotions. Ce n’est pas exclusivement de notre faute. Par l’éducation et la culture patriarcale, nous sommes devenus des invalides émotionnels, dissimulant nos émotions ou les exprimant uniquement avec la violence.

Comment sentir la colère qui arrive ?

Quand la colère monte en nous, elle provoque des changements dans notre corps. La première étape est donc d’apprendre à les connaître et d’identifier la colère quand elle arrive, avant qu’elle ne soit remarquée par d’autres. Avant même que nous en ayons conscience.

Il y a plusieurs types d’effets physiologiques et chaque homme devrait chercher à identifier ceux qui lui correspondent. Les joues chauffent, le coeur bat plus vite, le dos se raidit, les articulations se rigidifient, le souffle devient plus court, les mâchoires se serrent, soupirs incontrôlés, les yeux sont douloureux, certains ressentent même un chat dans la gorge. Prenons une semaine pour tenter de ressentir nos signaux de colères.

Note absurde : bien sûr, ces effets peuvent être causés par d’autres problèmes. Si vous les ressentez tous, en même temps, c’est peut-être plutôt un infarctus. Auquel cas, il vaut mieux s’approcher d’un médecin que de réfléchir à sa colère !

Une fois que c’est plus clair, nous sommes capables d’une nouveauté émouvante pour un homme : identifier une émotion de base lorsqu’on la ressent, avant que quelqu’un d’autre nous dise que nous la ressentons. C’est facile. Moi, je me suis senti grandi après cette seule première étape.

2. Comprendre la colère

C’est une émotion humaine de base. Utile et normale. Nous devons la ressentir parce qu’elle fait partie des fonctions du cerveau. Il faut la tolérer. En nous autorisant à être en colère aussi souvent que nous en avons besoin, on se défend, on reste éveillé et – lorsque c’est nécessaire – cela nous permet d’éviter des dangers immédiats.

La colère consiste à nous en prendre à un obstacle que nous jugeons responsable d’une frustration.

Comprendre que c’est normal et que c’est souhaitable m’a permis d’accepter d’être en colère. Souvent. Presque une fois par jour au début. Et puis d’évoluer pour tenter de ne plus être cet homme désagréable que j’étais de plus en plus souvent à la maison. Réalisant que ma vie était géniale, mais que j’étais incapable d’en profiter réellement, caché par un voile de détails qui me fâchaient, guetté par le naufrage.

3. Un homme avec un thermomètre inclus

Pour maitriser sa colère au quotidien. Pour retrouver du plaisir dans la vie en nous débarrassant de ces émotions mal gérées, utilisons le thermomètre imaginaire qui mesure notre colère, de 0 à 10

 

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Où sommes-nous placés sur cette échelle à différents moments de la journée, de la semaine ? Essayons durant une semaine d’y penser.

Sommes-nous à 0, c’est-à-dire qu’on se sent absolument détendu ? A 2, 3 ou 4, c’est-à-dire que nous ressentons de la colère, mais qu’elle ne nous fait pas perdre le contrôle ? Ou plus haut, en ayant passé à la rage, difficile à contrôler, menant à la violence ?

L’outil est simple. Il n’est pas nécessaire d’être absolument précis dans l’évaluation de nos états d’âme. Parce que nous ne serons pas capable d’être précis lorsque nous serons vraiment en colère.

Températures

0 : je me sens bien, ciel bleu

1-3 : VERT, je maîtrise la colère et je peux éviter qu’elle augmente

4-6 : ORANGE, je n’arrive pas à maitriser la colère en restant dans la situation

7-9 : ROUGE, je ressens de la rage, la colère est devenue incontrôlable. J’ai besoin d’aide. Le risque de passage à la violence est très élevé.

10 : je suis dans le pire était de rage de ma vie.

 

Combien de fois suis-je rentré à la maison, près de ma femme ou de ma famille, en étant à 3 sur cette échelle ? Je veux dire, combien de fois ai-je passé le seuil de la porte en étant DEJA à trois ?

Et bien.. très souvent à dire vrai. A cause de mes soucis, du trafic, des collègues, des factures, du métro ou de n’importe quelle autre raison frustrante. En fait, je suis presque toujours à 3 en arrivant à la maison.

Au premier problème à affronter, même minuscule, à la première nouvelle ennuyeuse ou tâche qui m’agace : BOUM ! Je passe à 4, 5 ou 6 !

Ce n’est donc pas la vie de couple, la vie de famille ou mon lieu de vie qui me font peiner à maitriser ma colère : ce sont les autres éléments frustrants qui fabriquent un terreau fertile et dont il faudrait se débarrasser.

De la colère à la rage, puis à la violence

C’est la zone orange. Dans un instant, sans bonne raison, je sors de la zone que je peux contrôler. Ma colère devient de la rage. Cette perte de contrôle me fait souffrir, je m’en veux. Cela ajoute encore à la montée infernale.

La rage est une émotion aussi. Elle est difficile à contrôler. Elle provoque souvent la violence. La violence est une attitude. C’est un choix. Les violences physiques ou psychologiques dans le couple, ou dans la famille, sont générées par la colère non maitrisée qui devient de la rage.

On comprend maintenant que les mari et les pères violents ne le font pas uniquement à cause des problèmes domestiques. Qui paraissent souvent anecdotiques par rapport aux conséquences. Mais parce que l’homme n’apprend pas à maitriser sa colère.

Les soucis additionnés, les frustrations et l’absence de gestion des émotions et de connaissance de soi-même font le lit des relations familiales qui échouent.

4. Temps mort !

Utiliser le thermomètre qu’on vient de découvrir est assez simple. Comme pour une voiture. Si notre cerveau est un moteur. Que faisons-nous si :

  • Le moteur chauffe – ralentissons pour éviter qu’il ne chauffe davantage
  • Il est vraiment chaud – arrêtons-nous dans un lieu sûr et attendons qu’il refroidisse jusqu’à une température supportable. Reprenons la route.
  • Il va brûler – sortons de la voiture, appelons de l’aide.

Nous pouvons faire de même avec nos colères !

Lorsque notre colère franchit le niveau 3, il faut refroidir immédiatement ! C’est à ce moment qu’il faut utiliser le dernier outil : le temps mort.

Cela signifie qu’il faut sortir de la situation problématique et rejoindre un lieu sûr. Ce lieu sûr est un endroit qui vous fait respirer ou une activité qui vous permet de faire redescendre la température.

Le choix du lieu sûr est individuel et il est très important. Je me suis trompé au début en pensant que fumer une cigarette hors de la pièce était un lieu sûr. Je ne faisais que gamberger et remuer la situation sans refroidir. Pour moi, c’est l’activité sportive, même courte, qui fait l’affaire. A chacun sa méthode ! Dans les situations complexe, le fait de fermer les yeux, de respirer à fond calmement et de nous concentrer sur l’air qui entre et sort peut suffire.

Il faut être capable de descendre de 2 degrés au moins sur le thermomètre, en quelques minutes.

Note : le temps mort est un formidable outil pour maitriser sa colère. Pour qu’il fonctionne, il faut avertir vos proches que vous avez appris cette méthode et que vous souhaitez essayer de l’utiliser pour gérer vos humeurs. Expliquer que lorsque cela vous arrivera, vous direz « j’ai besoin d’un temps mort ». Votre compagne ou vos enfants peuvent parfaitement comprendre. Vous serez même surpris de constater qu’ils trouveront que c’est une excellente nouvelle que vous fassiez la démarche de corriger cette tendance à la colère.

5. Retour au calme

De retour dans la zone verte. Retourner auprès des autres, dans la situation initiale, calmement. Les problèmes qui ont généré la montée de température peuvent être traités rapidement ou abordés dans une discussion complète. Choisissons alors d’expliquer ce qui nous a mis en colère en utilisant le discours à la première personne et les verbes de sentiment : je me sens, je crois que, je regrette, je suis déçu, je suis triste, etc.)

En se familiarisant avec ces étapes, en apprenant à s’écouter et à se connaître, on peut anticiper plus facilement l’arrivée de nos colères et faire descendre la température.

Il y a même une chance de découvrir des nouvelles manières d’organiser ses journées ou sa vie en fonction de ces nouvelles émotions que nous avons domestiquées.

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Note de publication : cet article, traduit par l’auteur, a été publié sur le site The Good Men Project le 5 octobre 2013.

Si cette manière d’aborder la colère des hommes vous intéresse, si vous souhaitez la compléter, l’essayer, la transmettre aux hommes que vous connaissez qui pourraient l’utiliser ou l’expliquer à vos garçons, nous serons heureux de lire vos commentaires ci-dessous.

The Good Men Project

Le projet social et médiatique The Good Men Project est une source d’inspiration pour L’homme simple. Ce site anglophone, basé à Boston, traite des masculinités à travers de multiples prismes. L’équipe de rédaction est très bien fournie et les articles sont passionnants.

Magazine pour hommes

The Good Men Project est un magazine en ligne. Un blog extrêmement bien fourni. Et une communauté de femmes et d’hommes qui croient en la possibilité d’une masculinité pacifiée et juste.

559853_10151284810093919_1247205056_nNous aimons la philosophie et la qualité des articles. The Good Men Project s’est créé en opposition à la presse magazine pour hommes habituelle, regorgeant de photos de femmes nues, de signes extérieurs de domination et de galvanisation pseudo-virile. 

« Nous avons démarré ce projet pour aider les garçons à risque et pour entamer une conversation de fond sur la masculinité » Tom Matlack fondateur de The Good Men Project.

« En convainquant les garçons qu’ils ne doivent pas exprimer leurs émotions, qu’ils doivent courir et avoir du succès, on les coupe de leur vie émotionnelle » M. Matlack a démarré le projet pour créer une communauté. Un réseau où les hommes peuvent partager leurs doutes et leurs expériences. La paternité, la sexualité, la dépendance. Et parler de ce qu’on ne nous a pas appris. Le bonheur d’être tolérant, les vertus de l’écoute, l’intérêt d’être père.

L’entreprise est de taille. Une direction à huit membres, une trentaine de contributeurs et tout ce qui se fait de moderne dans les théoriciens de la masculinité américaine aujourd’hui.

Le ton est parfois théorique, mais souvent très divertissant. Le site considère que les hommes ne sont pas des ânes, qu’on peut leur parler – ou leur écrire – des propos sensés en s’abstenant de les couvrir de publicité.

Des articles sur des sujets légers sont également régulièrement publiés. Dans le fond, le contenu n’est pas très différent de la presse masculine habituelle, les thèmes développés dans GQ ou Esquire sont également présents dans The Good Men Project. Parfois même avec un avis semblable. Mais l’ensemble est mille fois plus éthique et défendable.

La vision du site ne fait pas référence au féminisme. Mais la démarche est claire : l’homme doit se débarrasser du patriarcat, de l’autoritarisme, du sexisme, du racisme et de l’intolérance. Dieu sait si ces chevaux de bataille sont étrangers à la majorité des publications pour hommes aujourd’hui.

L’homme simple recommande donc aux lecteurs ce site de base. Qui inspire sa production. Suivre les comptes twitter et facebook du site permet aussi d’aérer son flux de nouvelles, grâce à des propos intelligents, justes et qui aident les hommes à voir plus clair dans leur comportement et leurs choix.

Par bien des aspects, la vision et les objectifs de l’homme simple sont proches de The Good Men Project. C’est Blandine Grosjean, rédactrice en chef de Rue89 qui nous a fait découvrir ce site, au moment de la publication des premiers articles de l’homme simple. Nous lui en sommes très reconnaissants.

 

Comment ne pas tuer ses enfants en cas de divorce

La question de la masculinité en crise et le phénomène criminel des pères annihilateurs de famille. Comment divorcer sans perdre le contrôle ?

Note de publication : Cet article a été publié sur le site d’informations Rue89 / Le Nouvel Observateur, le 26 août 2013. Clic ici pour le consulter et participer au débat.

Le Guardian rapporte une étude de l’université de Birmingham, la première sur ce phénomène en expansion. Le professeur David Wilson et son équipe de criminologues ont étudié les dossiers de 59 hommes qui ont assassiné leurs enfants – et parfois leur épouse – entre 1980 et 2012, en Grande-Bretagne.

Ils ont cherché des points communs, des moyennes, qui permettent de comprendre ce qui a poussé ces criminels à commettre le geste final. A faire disparaître leur famille.

Masculinité en crise

Cette étude jette un regard intéressant sur un phénomène criminel qui n’avait pas été analysé jusqu’à aujourd’hui. Elle met en exergue la question de la masculinité en crise. 

Dans tous les cas analysés, la masculinité et la perception de pouvoir sont liées aux mobiles. Le rôle familial du père est central à l’idée que les meurtriers avaient de la masculinité. Par le meurtre de leurs enfants, ils accomplissent leur dernier acte d’homme puissant. (Source : Howard Journal of Criminal Justice  14 août 2013)

Crédit image : thepcinquirerer.com
Crédit image : thepcinquirerer.com

La masculinité en crise est l’idée que les hommes ne se sont pas adaptés aux changements de société. Que leur identité de mâle n’a pas été révisée. En d’autres termes : les femmes, le couple, la famille, le monde ont changé. Et l’homme est resté le mâle alpha qu’il se croit contraint d’être.

Sans en déduire que les hommes qui ont commis ces atrocités peuvent être excusés par cette tendance, on peut suggérer que la révision de la position dominante de l’homme dans la famille est souhaitable. C’est tout le mal qu’on se souhaite !

Les dimanches du mois d’août

Selon l’université de Birmingham, les criminels qui ont abattu, égorgé, gazé ou noyé leurs enfants et leurs épouses, durant ces trente dernières années :

  1. avaient 38 ans en moyenne
  2. avaient un emploi
  3. n’avaient aucun antécédent judiciaire
  4. sont passés à l’acte surtout durant des dimanches du mois d’août !

L’équipe de criminologues qui a étudié tous ces cas pour en révéler les traits communs a déterminé que le terme de « masculinité en crise » pouvait être utiliser pour la plupart des auteurs des infanticides. Le Professeur qui a dirigé l’équipe d’étude a déclaré que certains hommes sont incapables de s’adapter à la notion de famille qui est en développement, alors que les femmes y jouent un rôle plus dynamique que par le passé.

Dans 66% des cas, le mobile qui a poussé un homme a assassiner sa famille est la rupture familiale, souvent liée aux problèmes d’accès aux enfants. Et les quatre profils-types de ces criminels révèlent une crise liée à la perte de pouvoir du père, à la vision de l’homme-pourvoyeur idéal qu’ils perdent lors d’une rupture.

Crédit image : grilsjustwannahaveguns.com
Crédit image : grilsjustwannahaveguns.com

Cette étude rejoint de nombreux propos sur le même thème. La question du contrôle que l’homme veut conserver est au coeur de cette question masculine. Demeurer le patron lorsque l’unité familiale part à vau l’eau est impossible. Nombre d’hommes ne supportent pas cet affront.

Ce n’est pas une excuse

Le blog féministe Glosswitch rappelle que cette masculinité en crise n’est qu’une partie de l’explication. Que ce ne saurait être une excuse et que derrière cette crise des hommes, il y a les mutations des femmes, le rôle ingrat qu’elles continuent de supporter dans la famille traditionnelle, malgré des décennies de lutte.

Réviser le rôle de l’homme

Donner aux hommes les outils pour entrer en mutation et comprendre les nouveaux enjeux, se débarrasser de l’héritage patriarcal. C’est le propos de nombre d’institutions qui essaient aujourd’hui, grâce à l’assistance émotionnelle et aux campagnes de sensibilisation, de s’adresser directement à eux.

Soumission, virilité, domination, les images qui inspirent

Un homme viril

Nous aimons le travail du photographe Nir Arieli, rapportée par le Huffington Post étasunien. Avec cette série de portraits d’hommes dans des poses associées aux femmes dans notre culture commune, il dérange et provoque la réflexion. Qu’est-ce qu’un homme viril ?

Son travail illustre à merveille l’idée d’une identité masculine encombrée. Encombrée par la culture d’une masculinité hégémonique qui nous impose des atours chevaleresques, des positions dominantes.  Continuer la lecture de Soumission, virilité, domination, les images qui inspirent