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Les femmes aiment les hommes nouveaux

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Coral Herrera Gomez déclare son amour pour les hommes « révisés »

Article original paru en espagnol le 5 septembre 2013 sur le Blog du journal El Pais. Traduction et adaptation par L’Homme Simple

J’aime les hommes nouveaux. Ils me fascinent. Je connais leur existence depuis l’élaboration de ma thèse de doctorat. Je les ai découvert sur les blogs et les suis aujourd’hui comme une fan amoureuse.




Cette nouvelle passion est peut-être une extension de mon complexe d’Oedipe. Parce que mon père était déjà un nouvel homme. Ma mère travaillait à la fabrique et mon père, écrivain, s’occupait de ma soeur et moi quand nous étions enfants. Il cuisinait, lavait la vaisselle, changeait les couches et baignait ses enfants. C’est lui qui allait faire les courses et qui faisait les lessives.

Il a aimé élever ses filles et nous a éduquées pour que nous soyons des femmes indépendantes et travailleuses.

Mon amour est immense pour ce père si beau, si féministe. Les autres pères me paraissaient très patriarcaux, comparés au mien. A cause de ce complexe d’Oedipe je pense, mon premier compagnon était un homme nouveau également.

Ils ne croient pas que je leur appartiens

En apprenant à le connaître, j’en suis devenue éperdument amoureuse. Mon homme est de ceux qui n’ont pas de problèmes avec leur masculinité. Il n’a donc pas besoin de démontrer sans cesse le macho qu’il est.

Pour moi, c’est un luxe de partager la vie de ce type d’homme parce qu’on peut avoir des conversations profondes. Parce qu’ils n’ont pas de complexe d’infériorité qui les poussent à me diminuer pour ne pas leur faire d’ombre. Ils ne croient pas que je leur appartiens. Ils ne sont pas à la fois jaloux avec moi et séducteurs avec d’autres. Ils ne me mentent pas sans besoin. Ils ne dépendent pas de moi parce qu’ils sont avec moi.

Et ils sont avec moi jusqu’à ce qu’ils ne le soient plus. C’est-à-dire qu’ils ne se sentent pas condamnés à être avec moi : ils sont libres de rester à mes côtés.

Les nouveaux hommes ont beaucoup d’autres avantages. Parce qu’ils sont autonomes, ils travaillent leurs émotions, ils communiquent mieux. A la maison, ils ne considèrent pas qu’ils « aident ». Non, ils assument simplement leur responsabilité totale pour les tâches domestiques et profitent complètement de leur paternité.

Ils sont plus attirants parce qu’ils ne souffrent pas autant que les hommes traditionnels. Ils sont plus créatifs et vivent leur masculinité avec davantage de liberté et de joie. Je suppose que c’est parce qu’ils ne se sentent pas pressés d’exposer leur virilité, comme le sont les hommes patriarcaux.

Les hommes nouveaux existent, je les ai rencontrés

Je recommande souvent à mes amies et amis qu’ils cherchent des hommes nouveaux et qu’ils s’éloignent des mâles alphas et des romantico-tourmentés. Mais mes amis croient que ces hommes nouveaux sont mythiques ou qu’ils sont si peu nombreux qu’ils n’existent même pas. Le jour où on m’a appelé pour participer au Congrès sur les Masculinités de Barcelone, l’an dernier, je me suis sentie chanceuse. J’allais en connaître quelques uns en personne ! J’ai appelé mes amis célibataires pour leur dire que j’allais rencontrer des centaines d’hommes nouveaux. Ils ne m’ont pas crue. Ils ont pensé que j’allais à un congrès Queer. J’étais donc seule au paradis.

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Je suis sortie de cette bulle barcelonaise d’hommes et femmes égalitaires en pensant que d’autres manières d’être sont possibles. D’autres façons de se comporter et d’entrer en relation. J’ai découvert l’immense travail que font ces militants pour démonter la virilité patriarcale, pour transformer et améliorer leurs relations avec leurs compagnes ou compagnons. Pour revendiquer leur droit à profiter de la paternité, pour lutter pour le droit des femmes et des enfants. Le droit à une nouvelle éducation pour les garçons et les filles, débarrassée des stéréotypes et de la création de l’inégalité dès l’enfance.

Ils sont encore peu nombreux. Ils travaillent isolés, sans l’appui des autres groupes féministes. Mais ils ouvrent une voie.

 

Libérer les femmes en travaillant avec les hommes

Je suis convaincue, depuis que j’ai vécu cette rencontrer académico-festive avec les hommes égalitaires qu’on ne peut pas pas libérer les femmes sans travailler avec les hommes. Que nous devons le faire ensemble, pour en finir avec l’éternelle bataille des genres qui divise l’humanité en deux groupes.

Quand on s’est séparés, on parlait de ce voeu et d’autres utopies romantiques. Beaucoup m’ont parlé de leur désir de tomber amoureux de femmes comme eux : dépatriarcalisées. « Je sais qu’il y a beaucoup de femmes nouvelles, de celles qui ne se frustrent pas parce que nous ne sommes pas le Prince Charmant, qui ne s’enfuient pas si nous pleurons, qui nous aiment comme nous sommes, qui ne nous voient pas comme des ennemis, qui savent profiter de la vie et de l’amour. Portons un toast pour souhaiter qu’elles se multiplient, à l’amour égalitaire ! ».

Nous avons trinqué à cette espérance. Je riais en pensant aux utopies qui se créent dans les congrès : le matin, on déconstruit un mythe, le soir on en crée un autre.

Parfois je pense que nous sommes sur le bon chemin pour nous dépatriarcaliser tous ensemble, pour transformer les modèles sur lesquels nous construisons notre identité et nos relations. D’autres jours, je pense que nous allons demeurer dans ce schéma injuste pendant des siècles. Que nous échouerons encore pendant des siècles à nous libérer des oppressions et à réinventer les structures affectives, sexuelles et émotionnelles sur lesquelles nous construisons nos relations.

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Même s’il reste du travail, je crois qu’il faut parler de cette utopie romantique égalitaire parce qu’elle suppose une revendication joyeuse de la diversité. Et parce qu’elle suppose également le droit universel à nous aimer comme cela nous plaît.

Qu’en pensez-vous ? Les femmes sont-elles prêtes à renoncer au traitement de Reines puissantes et les hommes à celui de Rois absolus dans les relations amoureuses ? Cette utopie vaut-elle la peine d’être évoquée quand les racines du patriarcat conditionnent encore si fortement toutes nos vies ?

 

_FAF7376Coral Herrera Gomez est écrivain et blogueuse espagnole, titulaire d’un doctorat en lettres et communication audio-visuelle, spécialiste de la théorie du genre. Son blog :  El rincón de Haika.

 

 

 

 

Crédit photos : Bex Finch/Flickr