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Pénurie d’affection entre hommes

Comment les hommes en sont arrivés à considérer l’affection comme un acte sexuel et non plus social. Et pourquoi c’est un drame.

 

Un jour, alors que je marchais vers la gare Union Station de New Haven, un vieil homme à la peau noire et aux cheveux gris m’a arrêté sur le trottoir et m’a demandé si j’avais du feu. Techniquement, j’avais arrêté de fumer en entrant à l’Université. Mais cette mauvaise habitude revenait à la fin de chaque semestre, à cause du stress. J’ai sorti mon briquet en ressentant un peu de culpabilité et j’ai essayé d’allumer sa cigarette.

Il y avait trop de vent et cela éteignait la flamme à chaque essai, je m’impatientais et j’ai finalement saisi sa main, douce et un peu flétrie et l’ai entourée avec les miennes. La cigarette s’est allumée facilement. Il a pris une grande bouffée. Il m’a ensuite regardé en hochant la tête et m’a souris. Il m’a dit: merci, fils.

Le temps d’entrer dans le train, je sanglotais.

D’abord, je n’ai pas compris la raison de ces larmes. J’ai pensé que c’était parce que j’allais devoir écrire trois essais de trente pages dans les dix jours à venir. Ou à cause de l’effroi secret que j’éprouvais à chaque début de week-end, à l’idée de revoir en arrivant à New York mon ex-re-ex-re-ex copine avec qui je menais une relation moisie, dans laquelle je passais mon temps à esquiver les confrontations. Peut-être que c’était le temps pourri du Connecticut, cette version moderne du purgatoire de Dante, qui m’atteignait finalement. Peut-être que j’étais triste parce que j’étais un pauvre étudiant de Chicago qui se sentait parfois seul en Nouvelle-Angleterre.

Et peut-être que j’étais simplement vulnérable ce jour-là. Quelle que soit la raison finalement, les larmes coulait sur mon visage dans la gare, sur l’escalier roulant et même dans le train. Je m’appliquai à regarder par la fenêtre pour éviter le regard aiguisé des autres pendulaires.

Le vrai problème qui me valait cette émotion, c’était le fait que je n’avais jamais reçu l’affection masculine que je souhaitais quand j’étais enfant.

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C’est un bon gars, mon père. Mais il est de la vieille école. Il ne s’émeut pas facilement. Et s’il s’émeut, il le tait. Il a appris à me respecter en tant qu’homme, mais nous n’avons jamais été vraiment proches. Quand on passe du temps ensemble à Chicago par exemple, je suis toujours celui qui initie ces moments. Comme on est différents, politiquement et professionnellement, nous avons passé une bonne partie de nos vies à batailler pour se comprendre. Lorsque j’étais enfant, nous n’avons jamais joué dans le jardin ensemble. Comme j’étais un zonard, je voyais mes parents au maximum quatre heures par jour, la plupart d’entre elles étant passées dans la cuisine et devant la TV.

Pour être honnête, je ne me rappelle pas que mon père m’ait jamais serré dans ses bras quand j’étais petit garçon. Je ne me souviens pas non plus de lui étant fier de moi plus tard (à l’exception du jour où j’ai reçu mon bac, auquel il attachait vraiment beaucoup d’importance).

Même quand j’ai défendu ma thèse il y a six ans près de South Bend, je me souviens de n’avoir pas été surpris qu’il ne vienne pas. Maintenant, ne voyez pas dans cette description un réquisitoire, parce que mon père est bon, travailleur et dévoué (et Dieu sait qu’ai été un petit connard turbulent, querelleur et exaspérant). Il a été un père de la seule manière qu’il savait l’être et a lentement évolué depuis son second mariage and l’arrivée de son troisième fils (avec qui je crois qu’il a une relation plus active et affectueuse qu’avec mon frère et moi).

Ca ne fait pas longtemps que j’ai compris qu’il était fier de moi, de l’homme que je suis devenu. Je crois que c’est lié à mon acharnement à réussir professionnellement, à mon doctorat et à mon mariage avec la femme de ma vie. Peut-être d’ailleurs que ce respect récent n’a rien à voir avec la moindre de ces raisons. En mûrissant et en devenant à l’aise avec moi-même, j’ai appris à dépasser les non-dits qui existaient entre lui et moi.

Mais je parle aujourd’hui de la pénurie d’affection dans ma relation avec lui parce que je pense que cela explique partiellement pourquoi l’approbation des mâles a toujours été si importante pour moi en grandissant, pourquoi je suis toujours touché par l’affection masculine et pourquoi je recherche toujours le respect des hommes plus âgés que moi.

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Une conséquence pernicieuse du fait de vivre dans un pays ou la lutte contre l’homophobie et contre le patriarcat est encore  nécessaire, ce n’est pas seulement la rigidité des rôles attribués aux humains à cause de leur genres, mais aussi l’interdiction qui est faites aux hommes d’exprimer de l’amour, de la gratitude et de l’affection les uns aux autres (et souvent, à leurs propres fils).

A cause de cela, beaucoup de garçons grandissent en considérant l’affection comme hautement non-masculin parce que leurs pères ne leur ont jamais montré que l’affection et l’amour inconditionnel faisaient partie de leur propre masculinité.

C’est tragique, nous punissons encore les garçons parce qu’ils expriment de l’amour et de l’affection les uns aux autres (exception faite des instants qui suivent un succès sportif) en agitant des tabous sociaux et sexuels. Les garçons grandissent en voyant l’affection comme un comportement sexuel et non pas comme un comportement social. Pour beaucoup de jeunes hommes hétérosexuels, l’affection devient genrée. Ce sont les gestes des petites amies, des mères et des amies femmes.

Les femmes sont victimes de ce système de différentes manières (slut-shaming, inégalité salariale, relégation domestique, objectification sexuelle, domination, etc.). Mais une des principales tragédies qui touche les hommes c’est la pauvreté de leurs échanges affectifs entre eux.

Il y a un grand cri en nous. Celui que nous faisions pour réclamer l’attention et l’approbation de nos pères, leur amour. Un cri qui s’évanouit seulement (s’il s’évanouit vraiment) lorsqu’on développe plus tard des amitiés profondément affectueuses et inconditionnelles. Il faut une vie d’auto-compréhension pour supporter ce manque, ce vide. Ce n’est pas de notre faute, mais si on dénie son existence ou si on prétend qu’on a surpassé ce traumatisme de l’enfance, on devient facilement victime de notre pathologie, on entre dans la spirale du déni, de l’impossibilité d’aimer vraiment et de l’apitoiement.

Les hommes ne guérissent que s’ils sont entourés par d’autres humains qui sont des machines à délivrer de l’amour profond et inconditionnel. Des gens doués de compassion, affectueux, qui pardonnent et expriment leurs émotions. Pour moi, la plus récente source d’affection, de gentillesse et d’amour, c’est ma femme que j’aime plus tous les gens qu’il m’a été donné de rencontrer.

A l’école, c’était mes professeurs de religion et d’anglais. Au lycée, mon frère et mes amis. Un jour, ce sera peut-être ma propre paternité, qui me donnera un nouvel espace émotionnel pour ramasser les petits morceaux de moi et exprimer mon dévouement, mon amour explicite et mon affection continue pour mon enfant. Même s’il n’existe pas encore, même s’il n’a pas été même conçu, mon amour pour lui est déjà énorme, plus grand que moi.

Pour que les hommes s'embrassent

Auteur: Jackson Bliss est l’auteur de Blank Insects, The Ninjas of My Greater Self, Dream Pop Origami et Atlas of Tiny Desires. Il publie dans de nombreux magazines et sites web anglo-saxons dont le Goodmenproject où cet article a été publié pour la première fois. Visitez le site et le compte Twitter de Jackson Bliss. Merci à toi camarade de m’avoir permis de traduire et d’adapter ce très beau texte ! 

Image : SPJWebster

Fille ou garçon ? Pourquoi il faut renoncer à connaître le sexe

La construction de l’identité des garçons et des filles est un long parcours chargé de notre culture: la culture patriarcale. Fille ou garçon, il vaut mieux l’ignorer.

Cet héritage culturel donne aux bébés nés avec un pénis des avantages fantastiques dans leur vie familiale, personnelle, professionnelle et relationnelle et crée des plaies profondes dans leurs affects.

Et aux bébés nés sans pénis un avenir de subordonnée, de déconsidérée, de vient-ensuite fragile et passionnée par la futilité.

Les garçons, s’ils naissent dans le camp des dominants devront lutter en grandissant pour sortir de la boîte dans laquelle ils seront rangés. Pour vivre une vie saine, ils devront se débrouiller pour s’affranchir des règles de base de leur condition : les garçons, ça ne pleure pas, c’est fort, ça drague, ça baise, ça rapporte, ça n’échoue jamais, ça s’oriente naturellement, ça ne demande pas d’aide et ça se met en colère pour cacher la peur.

Les filles apprendront à ne pas se battre, à supporter et à se tenir les coudes. Mais pas à en jouer, non. Surtout pas. En grandissant, pour faire quelque chose de leur potentiel il leur faudra détruire cette norme, lutter à mort pour exister et réclamer le droit à l’égalité.

Alors, fille ou garçon ?

Les parents qui, à raison, font le choix d’une éducation réfléchie et aussi peu genrée que possible affrontent des difficultés hallucinantes.

La société qui les entoure est si discriminante, qualifiant les êtres en fonction de leur sexe, que leur cause est perdue d’avance.

Donc, renoncer à connaître le sexe de son enfant, durant la grossesse, c’est éviter de charger la barque, attendre un peu, offrir un délai. Permettre au bébé d’être au moins une fois à égalité avec les autres.

En disant non à l’obstétricien-ne qui nous demande si on veut connaître le sexe du foetus – fille ou garçon ? – on lui permet de ne pas entendre parler in utero...

de qualités athlétiques pré-partum (ça se voit bien que c’est une garçon, il est tellement vigoureux dans le ventre là…),

de préférences sportives (il donne des coups de pieds quand son père regarde le foot à la télé),

de futures vertus (c’est bien que ce soit une fille, ça fera du bien un peu de douceur dans la famille),

de soumission sexuelle (une fille, ah ça, ça va faire des cheveux gris au papa à l’adolescence, voyez-vous..),

d’identité caricaturale (couleur de la chambre, jouets genrés, parcours professionnel espéré, etc.)

Et de tous ces jalons qui marqueront le chemin de vie du bébé à naître, en fonction de son entrejambe.

Quelle que soit la bonne volonté des futurs parents, la multiplication des assertions sexistes influenceront leur fabrication de la relation avec l’enfant.

Apprendre le genre de son enfant à sa naissance lui permet de venir au monde libre. Mais la tâche qui attend les parents qui veulent permettre à leur enfant de conserver cette liberté en grandissant est énorme.

Leur permettre d’exprimer leur potentiel sans les enchaîner avec l’héritage culturel sexiste est une gageure. Ceux qui s’y collent sont des héros.

Crédit photo : Flickr/Andrew Mason

Fille ou garçon, pourquoi il faut renoncer à connaître le sexe du bébé

 

38 Secondes pour Créer une Femme-Objet

Cette courte vidéo intitulée « tout est possible avec Photoshop » illustre crûment la création des modèles féminins grâce à Photoshop.

N’est-il pas temps de créer de nouvelles références pour les canons esthétiques des hommes et des femmes ? De nous débarrasser de cette norme absurde qui nous fait prendre des créatures synthétisées pour des mètres-étalons ?

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Via : Blog Videoonlinee