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Les Américains sont-ils stupides ?

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La presse et la blogosphère aux Etats-Unis s’émeuvent aujourd’hui du manque d’intelligence des adultes américains. A l’instar de la France, le pays est pointé du doigt par la première enquête de ce genre.

Les adultes Américains ont des compétences en-dessous de la moyenne. Cette idée, objet de raillerie infondée jusqu’ici, a été confirmée mardi par une étude rendue publique par la très sérieuse OCDE.

Les adultes de 23 pays ont été testés sur leurs compétences en « littératie« , en maths et en résolutions de problèmes à composante technologique. Les critères évalués font de cette étude la version pour adultes de l’enquête PISA qui compare les niveaux d’instruction des enfants à travers le monde.

L’étude démontre que les résultats des adultes étasuniens sont en-dessous de la moyenne dans les trois domaines. 

Les Etats-Unis sont très mal classés, parmi les pays industrialisés objet de l’étude. Les jeunes américains, contrairement au reste du monde, ne sont pas meilleurs que leurs aînés et l’inégalité dans la provenance socio-économique des personnes testées génère des différences de compétences.

L’idiot américain

La question de la stupidité vraisemblable des étasuniens est une marotte des journalistes et des humoristes. Des émissions télévisées mettent régulièrement en scène des animateurs posant des questions de culture générale – « Pourquoi Jules César est-il célèbre ? » par exemple – à des passants et se gaussent de leurs réponses absurdes – ici, « Hum, est-ce que c’est la salade ? « . Ces moqueries étaient sans fondement et naturellement à l’écart de toute raison scientifique.

Aujourd’hui, l’étude européenne semble amener de l’eau au moulin des railleurs d’une Amérique inculte.

Elle prouve une différence désormais chiffrée entre les compétences des adultes, dans les pays concernés par l’étude. Le New York Post a d’ailleurs délicatement titré dans son édition de mardi : « Les adultes des Etats-Unis sont plus stupides que l’humain moyen ».

Les résultats peuvent être questionnés et modérés. La question de l’intelligence n’est pas directement traitée, mais c’est bien l’utilisation de cette intelligence dans les trois domaines étudiés qui occupe l’OCDE.

Les pays qui sortent grandis de cette étude sur les compétences des adultes sont la Norvège, la Suède, le Japon, la Finlande et les Pays-Bas. La Grande-Bretagne accompagne les Etats-Unis dans le bas de tableau.

Les pauvres sont moins compétents

Sadhbh Walshe, qui a commenté l’étude pour le journal britannique The Guardian, met en évidence la question de l’inégalité, comme source d’ignorance. Les participants étasuniens qui ont obtenu les meilleurs résultats ont en moyenne un revenu 60% supérieurs aux plus mauvais élèves. Elle suggère que le niveau moyen des écoles publiques dans les quartiers pauvres, la difficulté d’accès aux universités pour les défavorisés ainsi que l’augmentation de la pauvreté aux USA sont des explications vraisemblables à ce mauvais résultat.

La politique de l’éducation aux Etats-Unis est également pointée du doigt. Les coupes budgétaires, touchant particulièrement les classes les plus pauvres nuisent à l’instruction des jeunes. Mais la question du niveau de compétences des adultes riches fait aussi l’objet de remarques.

La présence de l’Italie et de l’Espagne par exemple, parmi les pays aux résultats faibles illustre l’importance des inégalités et du niveau de pauvreté d’une région dans l’explication des différences de compétence. Le taux de chômage, les investissements dans l’éducation trop faibles et la non participation des adultes à la formation continue sont évoquées pour expliquer les résultats de l’étude.

Mais, si l’Espagne et l’Italie sont manifestement des pays touchés par une nouvelle forme de pauvreté, ce n’est pas le cas des Etats-Unis qui, par des choix politiques, pourraient investir dans l’amélioration de leur système éducatif.

Citée par le New York Post, le secrétaire à l’éducation Arne Duncan a déclaré que le pays devaient trouver plus d’adultes consentant à améliorer leurs compétences. Sinon « peu importe avec quelle force ils essaieront, ces adultes seront bloqués dans leurs carrières et deviendront incapables d’aider leurs familles et de contribuer à la richesse de la nation ».

Aux Etats-Unis, les jeunes ne sont pas plus compétents que leurs aînés

L’étude révèle en outre que si dans plusieurs pays les jeunes adultes testés obtiennent des évaluations meilleures que celles de leurs aînés, ce n’est pas vrai pour les Etats-Unis et la Grande-Bretagne où les performances des jeunes ne sont pas meilleures que celles des adultes plus âgés.

Mauvaises augures

« Il y a une course entre l’homme et la machine », a expliqué l’économiste Jacob Kirkegaard au journal new yorkais. « La question est toujours : êtes-vous un travailleur dont les compétences peuvent être remplacées par la technologie ou avez-vous un savoir qui ne peut pas être remplacé » a-t-il ajouté.

 

 

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