Les ridicules Renault Clio de la gendarmerie ne peuvent à elles seules expliquer cette fascination

L’affaire Fiona, pourquoi ça nous intéresse ?

Clermont-Ferrand, ça ne nous intéresse pas plus que ça. La vie privée des gens et les horreurs qu’ils commettent entre eux non plus. A priori.

Et pourtant, grâce au web 2.0, on voit en tête des articles les plus de tous les sites de journaux francophones, les dernières nouvelles de l’affaire Fiona, macabre fait divers d’une mère infanticide. Pourquoi ?

Les ridicules Renault Clio de la gendarmerie ne peuvent à elles seules expliquer cette fascination
Les ridicules Renault Clio de la gendarmerie ne peuvent à elles seules expliquer cette fascination

Qu’est-ce qui nous motive à lire des articles portant sur une affaire si distante ? Alors que cela devrait plutôt susciter notre répulsion et que le clic sur un titre du genre « Fiona a été enterrée nue devant sa soeur de 2 ans » ne devrait pas nous faire envie. Pourquoi diable passons-nous 5, 10 ou 15 minutes à consulter ces informations et – plus curieux encore – à regarder les photographies de la petite fille et de l’arrestation de sa mère alors que cela ne peut nous provoquer – et on le sait en cliquant – que des émotions négatives, du rejet, de la répulsion ? Quel est cet instinct ?

Moi pas, ah ça, certainement pas !

Selon des sociologues, l’instinct qui nous pousse à nous intéresser à des faits divers sordides sert surtout à nous rassurer. Sur nos vies plus sûres, meilleures que celle de cette famille. Admettons. Ceux d’entre nous qui le font, liraient donc surtout l’article pour se dire « moi en tous cas, je n’enterrerai jamais ma fille nue devant sa soeur » ? Quels curieux humains nous faisons. 

J’ai peur

On dit aussi que ce voyeurisme (appelons un chat un chat) vient du besoin de conjurer ses angoisses. De se rassurer en contemplant les malheurs des autres, les tragédies, les catastrophes. En essayant de voir les yeux de cette femme embarquée par des gendarmes, couverte d’un capuchon, qui a enterré son enfant. En recherchant encore plus d’informations sur ces horreurs, nous chercherions à découvrir ce dont nous ne serons jamais victime. A envisager qu’il nous arrive des choses terribles et à conjurer immédiatement ces angoisses en les reportant sur d’autres. Comme pour dire « j’aimerais pas être enterrée nue par ma mère devant ma soeur ». N’est-ce pas louche ?

L’envie de s’indigner

Passer quelques minutes d’une journée remplie (bien ou non) à se faire raconter l’indicible, c’est s’offrir de l’émotion brute, immédiate. Peur, tristesse, colère et vengeance en intraveineuse, comme un shoot. Mais un shoot réparable, avec un point de retour. La satisfaction de passer à une autre activité, douce et agréable, après s’être envoyé en l’air à grands coups d’indignations. « Je vais lire un peu ce qui s’est passé avec cet enfant enterré nu, comme ça je serais bien scandalisé, ça me fait plaisir ». Hum…

Raconte-moi une histoire

On aime ça, nous, non ? Se faire raconter des histoires. Tout le monde le sait. Pour faire passer une information, un message, rien de tel que de raconter une histoire. Nous sommes toujours clients d’une bonne histoire. Avec du suspense, des rebondissements, des coups de théâtre, des personnages qu’on découvre peu à peu, dans des aventures mouvementées. Il y a ce plaisir dans le goût d’en savoir plus, article après article sur les turpitudes de la famille de Clermont-Ferrand. Chaque jour, un nouveau lot d’horreurs, de nouveaux personnages, l’entrée en scène de l’avocat, des enquêteurs, des proches de la victime, quelle excitation, quelle passion. Comme pour dire « est-ce qu’il n’y aurait pas du nouveau bien gratiné autour de l’histoire de la petite fille enterrée par sa mère devant sa soeur ? », comment dire…

T’as vu ?

Le goût de la socialisation autour d’un thème commun, c’est aussi cela l’intérêt pour l’histoire de Fiona et de sa maman. Le plaisir de mener de longues conversations sur une histoire que tout le monde connaît. D’y participer, d’y intervenir et de passionner nécessairement une partie de l’auditoire en parlant de ce qui nous fait ressentir tant d’émotions primaires. Toujours pas très rassurant : « Si ce soir, il est question de la fillette enterrée par sa mère devant sa soeur, ce serait bien que j’aie au moins vu les photos de la mère ».

Expliquez-nous, vous, les motivations pour la lecture des articles sensationnels sur cette affaire sordide ! Pourquoi cliquez-vous sur ces images, sur ces dépêches ? Pourquoi suivez-vous l’histoire ?

Parce que si on s’en tient à ces explications, on aurait bon ton de trouver ça assez inquiétant.

 

 

 

Une réflexion sur “ L’affaire Fiona, pourquoi ça nous intéresse ? ”

  1. Je crains que tout cela ne soit vrai… Mais seulement en partie j’espère !
    Pour ma part, je m’y suis intéressée de loin, enfin autant que cela est possible puisque tout le monde en a parlé, à la tv, sur internet, dans les journaux, les gens entre eux.
    Je ne suis pas sûre de pouvoir dire que je ne suis pas comme ces gens que vous décrivez même si bien sur je l’espère.
    Il me parait difficile de ne pas être touché par une telle histoire, ceci dit il y en a eu de tout aussi affreuses auparavant (malheureusement évidemment).
    Je me suis dit l’autre fois que les médias nous rabâchaient les mêmes histoires jusqu’à ce que l’on en ait ras le bol et que l’on y fasse plus attention.
    Peut être que si cette histoire est sur toutes les bouches c’est aussi parce qu’elle est omniprésente dans toutes ces sources d’information.
    Enfin ce n’est qu’une idée ^^
    Vous parlez de voyeurisme, difficile à contredire entre les téléréalités, Facebook,…
    D’un autre côté les potins ont toujours existés.
    Mon commentaire est fouillis j’en suis désolée !
    En espérant qu’il y ait quand même une piste de réflexion supplémentaire dans ce tas de mots, bonne soirée !

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