Egalité hommes femmes

Egalité homme femme, comment en parler aux hommes ?

Les premier à avoir intérêt à en parler de l’égalité homme femme, c’est encore nous les hommes ! Et le meilleur angle qu’on puisse choisir, c’est d’entreprendre une sérieuse auto-révision. C’est le propos du travail de l’institut WEM, à San José, pour lequel je travaille et celui de ce blog.

Mal-être

Petit homme déjà, on m’apprenait que montrer de l’empathie ou de la compassion, c’était de la faiblesse. J’ai su que je devais taire mes émotions, mes douleurs, mes colères, accepter la compétition et prouver ma virilité bien avant de savoir écrire.

Sans parler – et pourtant il faudrait le faire – de mes doutes sur mes préférences sexuelles; l’hétérosexualité étant obligatoire, évidente, indiscutable.

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Je ne comprends pas bien pourquoi depuis ma naissance, je me sens contraint de prouver sans cesse ma valeur, mon courage, mon hommitude, mes succès et mes forces.

Et de taire toute nuance, cacher les doutes et les angoisses. Mais c’est ce que la masculinité occidentale moderne a fait de moi !

Ce que j’ai hérité de mon père, des mes oncles, de mes camarades, de mes profs, des mes entraîneurs de foot, de Super Mario Bros, de James Bond et du coq Kellog’s. Ce que j’ai hérité aussi de leurs compagnes silencieuses.

Les relations, le désir, l’attention aux autres, la compassion, c’était pour les femmes. Et ce qui était pour les femmes, pour moi, c’était… mal. On peut dire aussi que ce qui a un genre féminin était dévalorisé. Sous-estimé. Inutile. Futile. A éviter. En tous les cas : à taire.

Si je ne me trompe pas trop lourdement, je ne suis pas seul. Les adolescents avec qui je rivalisais pour avoir la plus grosse (quel que soit l’objet mesuré) en sont aussi, forcément.

Ceux qui, comme moi, ont enfilé un masque chaque matin avant d’aller au travail ou à l’école. Ont choisi des vêtements, une démarche, un ton, un vocabulaire et des goûts en fonction de ce qu’ils croyaient viril, de ce qui leur donnait du pouvoir, du contrôle. 

Quand Thomas s’est suicidé en 2007 ou 2008 – je ne me souviens pas très bien – j’ai pensé qu’il y avait un lien avec le fait qu’il était manifestement celui qui avait perdu la compétition de la virilité pendant notre enfance. Quinze ans après les brimades que je lui infligeais – à cause de ses cheveux longs, de ses lunettes à verres épais et de son goût pour la musique classique avec les autres aspirants-mâles de l’école – il s’est tiré une balle de fusil dans le visage.

Ce n’était sûrement pas seulement à cause du machisme.

Crédit image : Tumblr
Crédit image : Tumblr

 

Violences faites aux femmes

Masquer nos émotions et galvaniser les discriminations, les manifestations d’autorité, ça fabrique des petits frustrés. Qui deviennent grand et gèrent plus ou moins bien le pouvoir dont ils se croient les dépositaires !

En un rapide coup d’oeil, on constate que l’échec scolaire concerne, pour 70% environ, les garçons. La majorité des viols, des agressions et des homicides sont commis par des hommes et deux fois plus d’hommes que de femmes se suicident.

Les hommes que je rencontre ici, à l’institut WEM partagent une impossibilité à reconnaître leurs faiblesses qui les a presque tous menés à des actes violents. Psychologiques ou physiques. Envers leurs compagnes et leurs enfants.

Moi, petit garçon, j’ai beaucoup entendu ça :

  • Ne pleure pas, tu es un garçon, ce sont les filles qui pleurent
  • Reprends-toi, il ne s’est rien passé.
  • Sois un homme
  • Ne fais pas ta femmelette
  • Ce n’est pas une femme qui va décider pour toi
  • Comporte-toi comme un homme
  • Tu devras être fort
  • Quand tu seras un homme
  • Tu cours comme une femme

Quelles chance nous avons de devenir des êtres sensibles, doués de compassion et d’empathie ? Comment parler de nos doutes et, surtout de nos peurs. De nos tendresses et de nos faiblesses ? Et comment les surmonter sans déprimer, sans échouer ?

 

Meilleur espoir masculin

Je me suis passionné par la question des masculinités en ayant ma première fille. Les efforts que j’ai déployés pour parvenir, à la barbe d’un tas de gens bien intentionnés, à être un père intégral, m’ont harassé. Je voulais être la moitié de ses parents. La moitié, pas moins.

Etre exactement autant concerné par l’éducation de mes enfants que ma compagne. Je voulais que lorsqu’il faudrait que quelqu’un interrompe sa journée de travail pour s’occuper d’une de nos deux filles malade, il faille faire un choix et qu’au moins une fois sur deux, ce soit moi, simplement parce que c’est juste ! 

En épousant cette cause du haut de mon statut privilégié de naissance d’homme blanc, riche et en bonne santé, j’ai bataillé ferme contre une nébuleuse difficile à vaincre : le patriarcat. Qui n’est pas une règle, mais une circonstance. De celles qui sont si rarement discutées qu’elles sont établies.

Que penser alors de tous mes copains, tous mes congénères, qui pourraient éventuellement songer à épouser la lutte féministe par l’exemple et qui ne sont pas privilégié comme je l’étais. Que penser hein ? Et bien c’est assez clair. Il faut en penser que ce n’est pas possible. Et si on ne crée pas des conditions exprès pour que ça change, bien adaptées aux hommes et à eux seuls, on peut toujours aller gueuler pour des quotas ou se promener les miches crayonnées de slogans, la charrue sera toujours derrière les boeufs et le sillon bien droit. Voilà !

 Âmes invalides et bras noueux

Le problème des violences faites aux femmes ne sera pas résolu si nos comportements actuels, à nous les hommes continuent à être les modèles à imiter. Pour remettre en cause le patriarcat, il faut nous parler directement. Dans notre vocabulaire, avec nos codes. Et aborder des solutions dans lesquelles nous comprenons notre intérêt individuel, intime. 

boy in pink shoes

La distribution des rôles actuelle, entre hommes et femmes est problématique. Pas uniquement pour les femmes. L’invalidité émotionnelle nous fait souffrir et nous le reprocher sans autre construction, c’est comme pisser dans un violon.

Pour promouvoir une réforme de notre comportement vis-à-vis des femmes, de nous-mêmes et des autres hommes, il faut commencer à travailler avec nous. Pour nous. Dans un langage qui comprend notre format culturel, biaisé, dénaturé, mais existant.

Des organisations, des campagnes et des blogs se créent petit à petit, abordant la question de l’égalité des sexes du point de vue masculin. J’ai la chance de travailler pour l’une de ces organisations, l’institut WEM, en Amérique centrale. Mon expérience ici m’a donné envie de créer ce site. Pour partager. Et pour susciter la réflexion.

Ce blog ne veut pas être un lieu de réflexion destiné exclusivement aux professionnels, aux féministes travaillant déjà à l’idéal égalitaire ou aux hommes révisés. Non. Il s’adresse aux hommes susceptibles de réviser leur masculinité, intéressés par les discussions, ouverts aux dialogues sur ce qui nous amène souvent à adopter des attitudes problématiques malgré nous.

Décoder les schémas de pensée machiste inculqués aux hommes par la société, par la culture. Déconstruire nos relations avec nous-mêmes, avec les autres hommes, avec les femmes et les enfants. Pour voir clair dans ce qui est souhaitable et ce qui est un héritage qui nous enferme et nous condamne à un autisme sentimental dommageable.

Responsable, mais pas coupable

L’idée moderne des organisations travaillant sur les masculinités est que nous ne sommes pas individuellement responsables de notre comportement activement ou passivement sexiste. Que nous avons reçu cet héritage. Lourd, martelé, omniprésent.

Et qu’en nous permettant d’en prendre conscience, la révision devient possible. Cela fait mal au féministes, souvent, de s’entendre dire que l’homme, pour oppresseur qu’il soit, est également victime de cette oppression puisqu’il est contraint de vivre dans ce schéma. C’est compréhensible.

Mais ce propos nuancé, s’il est choquant sous un angle, est quand même utile. Il l’est notamment pour permettre une démarche éducative. Si on part de l’idée que les hommes peuvent changer, devenir meilleurs, alors il est opportun de leur donner la chance d’expliquer leurs attitudes par un facteur autre que leur misérable esprit.

C’est ce que je découvre ici, à l’institut WEM, où les hommes, très nombreux, se sentent profondément émus par les explications qui font à la fois d’eux des oppresseurs perpétuant un patriarcat injuste et des victimes de ce système dans lequel on ne leur a pas permis de voir clair.

Je crois que cette réalité existe dans l’ensemble du monde occidental et pas seulement dans l’Amérique latine machiste aux mâles roulant les épaules. Que ce qui est réalisé ici vaut aussi pour ma région d’origine. Et je crois que cette révision de la masculinité doit être promue. Que les hommes doivent pouvoir entendre ce message qui leur propose un recyclage qui leur est directement profitable, à eux.

Je crois surtout que, s’il faut renforcer encore le combat pour l’égalité des sexes du point de vue des femmes oppressées, la sensibilisation et la prise en main de nous autres, les hommes, de notre point de vue, a de meilleures chances de générer un changement qu’une lutte qui passe au-dessus de beaucoup d’entre nous.

Les méthodes d’éducation populaire et de thérapies en groupe utilisées à WEM sont excellentes. Elles permettent de toucher tout le monde sans infantiliser ni sur-intellectualiser. Elles permettent de générer des espaces d’expression des émotions. Le point-clé, la pierre d’achoppement, la valve qui nous fait souffler enfin.

Rompre notre omerta intime, qui nous fait chasser la peur, la tristesse, la colère du registre de nos émotions depuis notre naissance de garçon.

Féminisme masculin

Il pose un problème de base. Celui du paradoxe initial de la parole donnée à l’oppresseur pour gloser sur l’oppression. Parce qu’en terme de prise de parole aussi, le système patriarcal fait son travail, y a pas de raisons !

J’adhère aux thèses des adversaires d’un féminisme masculin concentré sur des concepts, des théories et distancé des vrais changements possibles. Et sur les dangers du néopaternalisme.

Mais dans le travail de WEM, en Amérique latine, et dans toutes les associations qui travaillent à travers le monde à une remise en question des masculinités, l’intervention des hommes féministes est pertinente.

Pour avoir vu à l’oeuvre ces hommes, convaincus d’avoir sauvegardé leur masculinité tout en ayant profondément révisé leurs rapports aux autres humains et à leurs émotions intimes, chargés de l’éducation d’autres hommes, je crois désormais fermement qu’un monde meilleur est possible en terme de relations humaines.

Et que cela passe par une éducation des hommes par les hommes. Il est temps d’ouvrir le dialogue sur la question qui gêne, Messieurs !

 

12 réflexions sur “ Egalité homme femme, comment en parler aux hommes ? ”

  1. Muy profundo lo que expresas y muy cierto, pero cuán lejanas están estas verdades de la conciencia de las gentes, de los padres que continúan educando a sus hijos varones bajo esos patrones que tu criticas válidamente, hay mucho por trabajar en ese sentido. Te felicito por exponer tus ideas y sentimientos de una manera tan clara. Ojalá y empecemos a cambiar de actitudes y conductas respecto a esta problemática.
    Salutations,
    Laura

  2. Intéressant cet article ! par contre je ne comprend pas pourquoi vous dites que la rééducation des hommes doit se faire par les hommes, comme si les femmes ne pouvait pas être en dialogue avec vous. C’est dommage de vouloir d’un côté briser les barrières sexistes et de l’autre en reconstruire une en autorisant un seul sexe à pouvoir participer. Les hommes et les femmes ont tous deux leur parts de responsabilités par rapport aux comportements des hommes à mon sens, ne serait-ce qu’en acceptant passivement l’autorité de l’autre, ou en éduquant son enfant de façon sexiste. pour moi le dialogue commun est nécessaire et peut importe le sexe, on est pas des adversaires.

    1. Je pense qu’il ne s’agit pas d’exclusion des femmes mais plutôt de dire qu’il est nécessaire que des hommes puissent proposer des schémas nouveaux et dérangeants à d’autres hommes, faire part de leur vécu, sans être taxés de partialité ou d’intérêt personnel, ce qui pourrait être le cas avec une femme porteuse du même discours. Cela n’exclue pas le travail à faire sur soi et avec les autres hommes et femmes.

      Para mi no se trata de escluir a los hombres pero de la necesidad que hombres propongan nuevos modos de ser hombres a otros hombres, comparten su experiencia sin que se pueda penser que una lo hace con parcialidad por interes propio de mujer. Lo que podria suceder con una mujer. Eso no impide seguir actuando por una misma y con los demas hombres y mujeres.

  3. Merci, je pense effectivement que vous abordez la bonne posture et j’engueule de mon côté mes comparses féministes féminines qui râlent dès qu’on parle du point de vue des hommes. Leur argument n’est pas entièrement irrecevable, comme l’a dit un autre homme dans son article « moi, ça va » http://uneheuredepeine.tumblr.com/post/53693897240/moi-ca-va
    Le soucis c’est que c’est difficile voir presque impossible d’ouvrir une discussion sur une accusation. J’ai découvert que des tas d’amis que je sais pertinemment pas machistes voir même féminisme même si ils connaissent mal le mot, dès que je discutais avec eux du sujet ils abordaient une position défensive comme si je les attaquais personnellement. Le simple fait que je dise que je souffre de choses qu’ils ne voient pas, ils avaient l’impression que j’essayais de les culpabiliser alors que je veux les sensibiliser. Le fait de dire « tu es le dominant et moi l’oppressée » c’est pas facile à recevoir. Moi même j’ai été chamboulée quand mon mari, asiatique, m’a fait comprendre que j’avais probablement une idée du racisme très faussée parce que j’étais blanche, et que tout était basé sur mon standard.
    Ouille.
    ça fait mal… J’ai essayé de chercher des arguments, puis je me souvenue de ma posture en tant que féministe et… j’ai avoué que oui. Effectivement. Je ne pouvais pas savoir. Que je ne pouvais que le croire et que j’en avais le devoir.
    Comme je veux qu’il me croie quand je lui dis que dans mon pays je peux me faire agresser juste pour le motif que je suis une femme.
    Changer un point de vue campé depuis toujours ne se fait pas facilement, il faut se placer du point de vue de l’interlocuteur pour mieux lui faire comprendre.

  4. Article accessible et de bonne qualité !

    Une petite remarque toutefois, lorsque vous dites :

    « Cela fait mal au féministes, souvent, de s’entendre dire que l’homme, pour oppresseur qu’il soit, est également victime de cette oppression puisqu’il est contraint de vivre dans ce schéma. C’est compréhensible. »

    D’après moi, ce qui fait mal aux féministes, c’est plutôt de s’entendre dire que l’homme est autant victime du patriarcat que la femme. En effet, si les deux sexes sont victimes d’aliénations, les hommes en tirent globalement des avantages.

    1. Tout à fait d’accord avec vous. Ils en tirent globalement, complètement et essentiellement des avantages.
      Mais il faut passer par la case « explication de la source de ce concept dans l’âme des hommes » pour avancer concrètement. Et pour l’expliquer, il faut nommer des phénomènes qui sont plus historiques et culturels que personnels.
      J’ai constaté en animant des groupes d’hommes que cette explication libérait considérablement les participants et leurs permettaient simplement d’accepter de remettre en question leurs conception. Bien sûr, ça donne l’idée « ce n’est pas de ma faute, je peux donc remettre tout cela en cause » alors qu’une partie du problème est personnelle et qu’il faudrait l’assumer.

      Mais je crois qu’empiriquement, si cette déresponsabilisation conduit à un changement d’attitude, de conception et de manière de gérer les relations, c’est pour le bien.

    2. Très bon point.
      Il faudrait trouver une manière d’expliquer en quelques mots ou en quelques phrases ce chemin que vous avez fait avec votre partenaire sur le racisme.
      Un moyen d’intervenir auprès des hommes en leur faisant admettre ça.

  5. Merci pour cet article qui aborde les différents thèmes de l’égalité.
    Comme je le dis souvent, vouloir l’égalité ce n’est pas en vouloir aux hommes ni les combattre mais bien avancer toutes et tous ensemble vers cet idéal.

  6. Bonjour, merci pour cet article.

    Peut etre que cette chanson pourra interesser les lectrices et surtout les lecteurs, il s’agit d’une mazurka chantée par des hommes (Amzéom – l’homme au nougat) : https://www.youtube.com/watch?v=uUKh1wev62M
    La chanson commence à 1min11.

    Elle m’a personnellement beaucoup touché, je trouve ca bien que des hommes s’expriment sur le sujet de la masculinité, ainsi d’autres hommes peuvent s’identifier et s’en inspirer.

    Et puis elle me fait penser à mon amoureux et à l’immense chance que j’ai d’etre avec un homme « différent »!
    Ces hommes là on a envie de les accueillir à bras ouverts :-)

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